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Au Sénat, des pistes pour la mission harcèlement scolaire et cyberharcèlement

Paru dans Scolaire, Périscolaire, Justice le jeudi 01 juillet 2021.

“Le domaine cyber reste encore pour une large part un trou noir du harcèlement en milieu scolaire“, déclarait hier 30 juin au Sénat Sabine Van Eghe, présidente de la mission d'information Harcèlement et cyberharcèlement, avant de préciser que “le harcèlement tend à se disséminer, à se réfugier derrière un anonymat qui en démultiplie les conséquences dévastatrices. Il ne s'arrête plus aux portes de l'école, du collège, du lycée mais crée un continuum qui ignore les lieux les horaires et l'intime de la famille."

Après avoir auditionné la semaine dernière des responsables de plateformes numériques (Instagram/Facebook, Snapchat, TikTok), Thierry Jédot, auteur du rapport “Internet: le péril jeune ?“ pour l'institut Montaigne en 2020, et Matthieu Boudard, fondateur de l'application Bodyguard ont pu apporter de nouveaux éléments aux questions des sénateurs.

“Il est intéressant de constater que les jeunes sont conscients de la gravité de la cyber-violence“, a expliqué Thierry Jédot, ajoutant que 56% des jeunes estiment avoir été attaqués au moins une fois sur internet (contact avec du contenu violent, des rumeurs, transmission de photos, d'informations intimes, etc..). Il note par ailleurs une prévalence particulière du phénomène chez les jeunes filles, constatant que tous les taux sont d'environ 5 points plus élevés, un phénomène qu'il a vu s'amplifier pendant le confinement.

Si pour lui beaucoup de choses sont faites dans l'Education nationale, l'éducation reste la meilleure réponse, avec notamment l'enjeu de la promotion des spécialités informatiques (choisies par 15% des garçons et seulement 2% des filles). Il trouve d'ailleurs “difficile pour l'Education nationale de se sentir responsable et acteur pour des violences qui se passent en dehors des heures de cours“.

Il a ensuite évoqué “la divergence croissante entre l'usage digital des adultes et l'usage digital des adolescents“ (par exemple les adultes sont davantage sur Facebook et les jeunes sur TikTok, ndlr), entraînant une compréhension de plus en plus difficile. Pour lui, “c'est un enjeu complexe car dans internet il n'y a pas de transmission intergénérationnelle de l'apprentissage“.

“Il y a un lien entre harcèlement et cyberharcèlement : 80% des ados considèrent que leur vie digitale, c'est la même chose que leur vie réelle, ils ne font pas la distinction“, dit-il, et il note de plus que “les parents sont démunis car ils ne savent pas à qui s'adresser“, ce que corrobore Matthieu Boutard en soulignant l'importance de la prévention. Son application, Bodyguard, utilisée par 55 000 personnes en France, utilise une technologie qui détecte en temps réel les contenus toxiques sur internet.

Cet ancien de chez Google pense que les réseaux sociaux servent à créer des liens entre les gens, il y voit beaucoup de créativité, mais “ils ont également conduit à des dérives“. Il constate chez les plateformes numériques “des progrès au niveau du produit, avec aujourd'hui de grosses équipes de trust and safety“, mais dénonce le signalement, qui est pour lui “un peu une vaste blague“ car il arriverait trop tardivement. De plus, pour lui, “cela ne fonctionne pas bien“.

Pour Matthieu Boutard, au niveau juridique, “il y a un sentiment d'impunité“ sur les réseaux sociaux. Il continue : “Il n'y a aucune sanction. Il ne s'est jamais rien passé en France dans les cas de cyberharcèlement. Pourquoi, parce que le droit français est compliqué, la diffamation, les discours de haine, c'est compliqué d'aller jusqu'au bout.“

Thierry Jédot parle lui d' “un enjeu d'harmonisation des textes entre le code de l'éducation et le code pénal, car ces codes ne se parlent pas“. Il constate en outre que “le code pénal ne prend pas suffisamment en compte la vulnérabilité des enfants par rapport à celle des adultes, y compris dans les peines“.

Il faudrait un droit Européen qui impose aux plateformes des réponses à ces sujets. Toutefois, “l'anonymat est aussi philosophiquement consubstantiel de l'internet“, explique-t-il alors, “en revanche si la justice le demande, il faut que les plateformes puissent répondre“. Il voudrait ainsi que les plateformes, via des stress tests et audits, répondent aux demandes concernant les harceleurs, ce qui permettrait d'évaluer leur réactivité et de les dénoncer si elles ne le font pas, “car elles sont très soucieuses de leur réputation“.

“L'anonymat ça n'existe pas. C'est très facile de retrouver une personne, considère Matthieu Boutard. Selon lui, les jeunes ne se rendent pas du tout compte de leurs actes. Il n'y a pas de profil. Un enfant sur deux est soit harcelé soit harceleur."

Face à l'ampleur du phénomène, Thierry Jédot veut en faire une grande cause nationale, avec une journée dédiée, estimant que “c'est une décision politique“. Il propose de plus un guichet unique de services dédiés au signalement (et non plusieurs comme Pharos, etc..), et souhaite “embarquer les opérateurs téléphoniques (lors de l'achat d'un téléphone, ndlr)“ dans le combat contre l'anonymisation, ne constatant pas de sensibilisation de leur part aux sujets des cyberviolences.

Aussi pour lui, la cyber-violence, ou le cyber-harcèlement, “c'est de la gestion de crise. Dix jours après, c'est trop tard. Il faut former les éducateurs, les professeurs et donner une responsabilité et une autonomie aux chefs d'établissements avec des pouvoirs de sanction.“

La vidéo de l'audition ici

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