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Mer 07 juillet 2010
La Lettre de ToutEduc n° 37, 7 juillet 2010Samedi, nous avons appris simultanément que deux mouvements pédagogiques voyaient leurs subventions réduites de moitié (ici), et que le premier établissement de "réinsertion scolaire" ouvrirait à la rentrée dans la "Vallée de merveilles" (ici). Les élèves "perturbateurs" seront en internat, au besoin sans l'accord de leurs familles, mais dans un lieu idyllique... Ils y feront "l'apprentissage de la discipline", et bénéficieront d'un encadrement renforcé, comptant au moins autant d'adultes que de jeunes. C'est la réponse que Nicolas Sarkozy a donnée aux difficultés que rencontrent certains collèges et certains jeunes. Avons-nous encore besoin que des mouvements pédagogiques proposent des solutions ? Elles sont infiniment moins spectaculaires, elles se cherchent dans l'humilité du quotidien, elles ne marchent pas à tous les coups, et elles sont ... beaucoup moins coûteuses. En matière d'éducation, les résultats ne sont jamais acquis. Le tâtonnement expérimental est légitime. Il n'était pas absurde de chercher à récompenser l'assiduité d'élèves de lycées professionnels, et il est salutaire que les responsables arrêtent les frais au bout d'un an (icietici). Il est en revanche surprenant de voir Luc Chatel engager la mise en oeuvre du programme CLAIR, qui "a vocation à se substituer à l'éducation prioritaire" (ici), alors qu'aucun texte, aucun décret, aucun arrêté, aucune circulaire ne confère une légitimité à un dispositif qui modifie assez profondément la vie des établissements et les modalités d'affectation des enseignants. André Legrand, ancien recteur, ancien directeur des lycées et collèges, professeur de droit public, n'a pas de mots assez durs pour qualifier cette situation d'expérimentation sans fondements juridiques (ici). Dans l'académie de Versailles, une quinzaine de collèges se seraient portés "volontaires". Si l'on en croit le code de l'éducation, un collège est dirigé par un principal qui met en oeuvre les décisions du conseil d'administration. Dans le cas présent, les administrateurs n'ont pas été prévenus (ici). Pour un ancien proviseur, Gilbert Longhi, ce n'est peut-être pas ce que prévoient les textes, mais c'est la pratique courante. Autrefois, explique-t-il, un établissement estimait que telle innovation pourrait répondre à un problème spécifique, et il en proposait l'expérimentation au rectorat. Depuis le ministère Fillon, et la loi d'orientation de 2005, qui reconnaît ce "droit à l'expérimentation", la logique s'est inversée: un proche du recteur suggère à tel chef d'établissement qu'il devrait se porter volontaire pour telle expérimentation imaginée en haut lieu... L'expérimentation ne serait plus une possibilité ouverte aux acteurs de terrain, mais à la hiérarchie qui cherche des terrains. Ce point de vue d'expert demande à être nuancé, il existe encore des chefs d'établissements qui font équipe avec les enseignants, et qui inventent avec eux des solutions (ici). Mais la création de cet établissement de réinsertion, le lancement du programme CLAIR et la réduction de moitié des subventions au CRAP et au GFEN, qui vont être pratiquement réduits au silence, font passer le message: nous n'avons plus besoin que les acteurs de terrain pensent. Et pourtant, c'est ce que leur demandent le Conseil d'Etat et la Cour d'Appel de Nancy qui rétablissent la jurisprudence qui valait avant la loi sur le voile. Bernard Toulemonde, lui aussi juriste, ancien recteur, ancien directeur au ministère, revient pour ToutEduc sur l'annulation du règlement intérieur d'un lycée de Strasbourg qui prétendait interdire le port de tout couvre-chef dans son enceinte. Non, c'est au cas par cas qu'il faut vérifier si le "couvre-chef" est, ou n'est pas, "susceptible de manifester ostensiblement une appartenance religieuse". Or, c'est justement parce qu'ils voulaient éviter de faire du cas par cas, parce qu'ils voulaient un texte clair qui règle une fois pour toute la question, que les chefs d'établissement, et bon nombre d'enseignants, demandaient une loi (ici). Ajoutons qu'au même moment, une directrice d'école maternelle interdit à un bambin de porter un tee-shirt aux couleurs de son club de foot préféré... (ici) JURISPRUDENCE. La justice administrative avait un autre dossier lourd à gérer, celui des concours de recrutement des enseignants. En n'examinant qu'un point de procédure, le Conseil d'Etat a supprimé les concours ... et a permis au ministère de les rétablir dans la foulée, lui évitant un sérieux couac (ici), au moins provisoirement, puisque d'autres procédures sont en cours. Mais un autre couac se prépare peut-être, le rapporteur public devant cette même haute juridiction ayant sérieusement critiqué "base élèves", le fichier que contestent les désobéisseurs (ici) , lesquels trouvent ainsi un soutien et un argumentaire inespérés. TERRITOIRES. Loin des débats parlementaires sur l'élection des conseillers territoriaux, se préparent d'autres mesures qui pourraient avoir sur l'organisation territoriale des conséquences importantes. Ainsi, au détour d'un document sur la RGPP (Révision générale des politiques publiques), on apprend que Luc Chatel envisage la création d'établissements qui réuniraient un collège et les écoles primaires avoisinantes (ici). L'équilibre subtil qui s'est institué au sein du "mille-feuille" des collectivités en serait sérieusement bousculé. Les communes feraient les frais de cette réorganisation. Or leurs personnels aimeraient bien qu'une loi oblige l'Education nationale à les prendre au sérieux, quand, dans le cadre d'un PEL (projet éducatif local), ils mettent autour d'une même table tous les acteurs concernés (ici). Même chose du côté des programmes de réussite éducative, une invention de Jean-Louis Borloo: les coordonnateurs ont le sentiment que leur travail n'est pas utilisé par des administrations locales, qui se sentent mises en cause (ici). Celles-ci ne verraient parfois pas d'un mauvais oeil la disparition d'une instance transversale. Les grands débats peuvent avoir des causes assez mineures. C'est pour une question d'harmonisation des tarifs de cantine, qu'est posée une question cruciale: quel est le degré d'autonomie des maires d'arrondissement, à Paris, mais aussi, potentiellement, à Lyon et à Marseille? Quant à l'autonomie des Régions, elle est mise en cause par la réforme des lycées, là encore pour une question pécuniaire: qui va payer les nouveaux manuels? Les familles se sont habituées à considérer qu'ils entraient dans le périmètre de la gratuité scolaire. A qui vont-elles en vouloir si les Régions déclarent qu'elles ne peuvent faire face à une dépense imprévue (ici)? Elles ont toujours la possibilité de se plaindre au médiateur, rarement saisi par les collectivités (ici). INSERTION-ORIENTATION. Le Gouvernement, on l'apprend au détour du document sur la RGPP, veut "simplifier le recrutement des apprentis" (ici) ? Au même moment, un expert, Michel Abhervé, s'inquiète: les politiques de soutien seraient au point mort, et les textes nécessaires à la reconduction des aides n'auraient pas été publiés. Le nombre des contrats signés serait en régression de 20% (ici). Il y a peu, pourtant, l'apprentissage devait nous sauver, Henri Proglio devait trouver les moyens de multiplier par deux les effectifs... Et puis, plus rien? Il est vrai que l'apprentissage n'est pas la panacée, pas plus que les stages en entreprise. On reproche, depuis Bourdieu, à l'Ecole d'être le lieu de la reproduction sociale, mais les stages le seraient plus encore (ici). La revue l'Etudiant reçoit quantité de mails et d'appels désespérés de lycéens qui voient la machine informatique, "admission post-bac", rejeter leurs voeux (ici). Il est vraisemblable que les machines n'ayant pas de sentiments, celle-ci n'ait pas envie d'avantager tel enfant "bien né" au détriment d'un autre. Mais son fonctionnement "opaque", souligne Emmanuel Davidenkoff, alimente les soupçons. Or, le sentiment de discrimination est peut-être un obstacle à l'accès à l'emploi plus important que les discriminations elles-mêmes (ici). Heureusement, Jean-Robert Pitte a été nommé "délégué à l’information et à l’orientation" (ici), l'ancien président de la Sorbonne va résoudre toutes ces difficultés, lui qui, en deux pamphlets, avait réglé leur compte au bac et à l'absence de sélection à l'entrée de l'université! ELEVES. Le ministère corrige le tir pour les jeunes sourds. Il avait privilégié la "langue des signes", oubliant tous ceux qui veulent être scolarisés en "langue française" (ici) PEDAGOGIE. Le monde des pédagogues est en deuil, même si l'information est passée inaperçue. Antoine de la Garanderie est décédé. Il avait mis l'accent sur la diversité des "profils pédagogiques", tous les enfants n'apprenant pas de la même manière (ici). Leurs résultats ne sont d'ailleurs pas les mêmes, mais les notes, sur 10 ou 20, suffisent-elles à rendre compte des différences (ici)? Encore faut-il que l'environnement soit favorable. Suffit-il de reconstruire les murs d'un collège pour y changer les résultats (ici)? Faut-il, pour y attirer ou y retenir les bons élèves, y implanter des options rares, ou vaut-il mieux travailler sur la sécurité (ici)? ou sur l'organisation pédagogique de l'établissement (ici)? ou sur l'image de soi, que dégradent un redoublement, mais parfois aussi certaines aides, lorsqu'elles sont indiscrètes (ici)? Autant de questions pour la recherche en éducation (ici)? Selon une étude britannique, la solution ne viendra pas des écoles libres (ici). L'un des lecteurs de ToutEduc demande s'il est possible de transmettre "l'esprit d'entreprise", comme savent le faire les maisons familiales rurales (ici). La réponse est à l'évidence oui, mais en passant par d'étranges détours: des élèves de CM1-CM2 ont réalisé des courts métrages, ils savent ce qu'est une image animée, mais aussi l'organisation que suppose leur production (ici). ENSEIGNANTS. "Pourquoi tant de professeurs – de plus en plus semble-t-il – se sentent-ils 'mal dans leur peau' ou 'mal-aimés' ?" demande le site Skholè. Réponse, le sentiment d'une prolétarisation, le prolétaire étant celui qui est dépossédé de la maîtrise de ses gestes professionnels (ici). Les 80 médecins de prévention que le ministère va recruter suffiront-ils à leur mieux-être, ou seront-ils là pour parer au plus urgent (ici)? Il est faux de dire que les enseignants ne travaillent pas en équipe (ici). Il est faux de dire qu'ils ne changent pas (ici), et l'observatoire des zones d'éducation prioritaire multiplie les portraits de professeurs référents (ici). Mais ils reçoivent trop souvent de la part de l'administration et de la recherche en éducation des injonctions, du type "halte aux redoublements", sans prise en compte des difficultés pratiques qu'ils vont rencontrer (ici). Leur formation est aujourd'hui en débat. Une étude anglaise met en doute l'efficacité du tutorat (ici). Les enseignants seront en grève les 6 et 7 septembre. Faut-il prendre au sérieux les estimations du ministère, à condition de multiplier par deux leur nombre (ici)? Oui, à peu près pour le second degré. C'est moins net pour le premier degré. Mais une chose est sûre, les pourcentages à décimales sont ridicules. Les tribunaux administratifs ont rendu récemment 4 décisions qui intéressent les enseignants (ici) et les personnels de direction. Un proviseur dont l'action est décrite comme particulièrement traumatisante pour un établissement a été rétabli dans ses fonctions parce que le rapport de l'inspection générale était un peu contourné (ici). PARENTS. Le Figaro nous a appris que Nicolas Sarkozy souhaitait qu'après les parents d'élèves absentéistes, le cas des parents de mineurs délinquants soit examiné, et que leur responsabilité pénale, et non plus seulement civile, soit engagée (ici). JUSTICE. Pendant ce temps, on apprend que la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse) va développer le placement familial (ici) mais le ministère vante le placement éducatif (ici). On trouve aussi dans une commune, un éloge des centres éducatifs fermés (ici). Et sur un site d'informations sociales, une description du quotidien des éducateurs (ici). Mais quelle est la place des jeunes eux-mêmes dans le travail éducatif (ici)? Lorsqu'ils sont en famille d'accueil, ils attendent manifestement beaucoup de ce placement, et de leurs parents de substitution: ne pourraient-ils pas leur transmettre les valeurs, y compris religieuses, qu'ils ont transmis à leurs propres enfants (ici)? ENFANCE. Nadine Morano a tiré les enseignements des "états généraux de l'enfance" (lire Lettre 36). Les états générEux ont aussitôt réagi, et, sans surprise, leur analyse est sévère (ici). Une étude anglaise nous apprend au même moment que la qualité des prises en charge de l'enfance en danger est un bon investissement social (ici) et une étude parisienne met en relation les politiques "petite enfance" et la démographie d'une ville, sans dire où est la cause, où est l'effet (ici). EDUCATION POPULAIRE. La quinzaine écoulée a été marquée par le congrès de la Ligue de l'enseignement, qui a adopté un texte intitulé "faire société!", soulignant la nécessité de repenser le lien social, et d'inscrire la formation initiale dans un "droit d'apprendre toute sa vie". Restera donc à décliner en objectifs concrets, dans l'action au quotidien, ces principes politiques, au sens étymologique du terme, ce qui fait que des individus participent à la vie de la Cité (ici et ici). Au même moment, une enquête de France Bénévolat montre que les structures associatives doivent mieux prendre en compte les motivations des jeunes qui militent en leur sein (ici) et une revue revient sur la difficile relation des artistes et des mouvements d'éducation populaire, au moment où la création du ministère de la Culture a obligé à séparer les pratiques professionnelles de celles des amateurs (ici). INTERNATIONAL. Alors que, presque partout dans le monde, la scolarisation et l'égalité filles-garçons progressent au niveau primaire, même si la situation est loin d'être satisfaisante, elle l'est encore moins pour les adolescentes, souligne l'UNESCO qui revient ainsi sur la mise à la disposition des chercheurs, mais aussi de tout un chacun des données de son services statistique (ici). Une bonne nouvelle: l'Union européenne s'engage financièrement pour favoriser l'éducation des enfants roms en Serbie (ici) INTERNET. La CNIL souhaite mieux encadrer les réseaux sociaux et "responsabiliser les jeunes aux contenus qu’ils publient de façon à limiter les propos pouvant nuire à leur image ou à celles de leurs amis" (ici). Mais c'est dans les écoles qu'il faut en apprendre l'usage. Certaines s'y emploient, et celles qui souhaitent voir reconnus leurs efforts ont encore quelques jours pour postuler sur le site "Ecole internet" (ici). FOOT. Les mésaventures de l'équipe de France de football ont inspiré des commentaires assez mal venus sur la mauvaise éducation de certains joueurs, quand un avocat, ancien maire d'une grande ville de banlieue, traite de "pauvre con" un quidam qui lui a manifesté son hostilité. Nous ne citerons pas ici ceux dont les propos sont d'autant plus vulgaires qu'ils prétendent stigmatiser la vulgarité des autres. Emmanuel Davidenkoff compare lui aussi ces joueurs à des collégiens, mais c'est pour rappeler que l'atmosphère d'un établissement scolaire comme d'une équipe sportive dépend, pour beaucoup, de la qualité de l'encadrement (ici). Et Claude Lelièvre nous rappelle les belles formules du plan Langevin-Wallon qui voulaient que "les activités scolaires s’organisent de telle sorte que tous aient alternativement des responsabilités de direction et d’exécution (...) Il importe en effet d’éviter de cultiver en certains l’absolutisme du chef prédestiné, et en d’autres l’habitude paresseuse d’une aveugle soumission" (ici). Bonnes vacances à tous ceux qui en prennent. Prochaine lettre le 28 juillet. Vos réponsesPas de contribution pour le moment.
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