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Mer 17 février 2010

La Lettre de ToutEduc n° 27

Trois sujets scolaires dominent la quinzaine écoulée. Commençons par l'aventure du poisson homosexuel. Bref résumé des faits: une petite boîte de production rennaise recherche des financements pour un dessin animé destiné à accompagner les enseignants de CM1 et CM2 qui veulent prévenir l'homophobie. Un journal en ligne qui affiche ses convictions politiques en singeant le style de "Je suis partout" et autres publications du temps de l'Occupation, s'en émeut. Christine Boutin s'émeut à son tour. Luc Chatel se sent obligé d'interdire la projection de ce film dans les écoles élémentaires. Tollé. Du coup, il promet d'inscrire la lutte contre l'homophobie parmi les priorités de la prochaine rentrée (cliquez ici) et reçoit au ministère les associations de défense des lesbiennes, gays et transexuels. S'il a voulu donner un signal clair aux électeurs de droite avant les élections régionales, il n'est pas certain qu'il y soit parvenu. Rappelons qu'un ministre n'a pas le pouvoir de dicter aux enseignants quels matériaux pédagogiques ils ont le droit, ou pas le droit, d'utiliser, et que nous parlons d'un film qui n'existe pas! Mais nul doute que la publicité qui a été faite au projet en permettra le financement, alors qu'une loi sur l'inceste, dont le hasard a voulu qu'elle soit promulguée au même moment, impose aux écoles de faire de l'éducation à la sexualité (ici), ce dont un rapport de l'IGAS montre qu'on ne s'est pas beaucoup préoccupé (ici).

Deuxième sujet, "l'école numérique". Le député-maire d'Elancourt, dans les Yvelines, connu pour sa technophilie, est chargé d'une mission sur le rôle des ordinateurs à l'Ecole. Il vient de remettre son rapport (ToutEduc 1, 2, 3 et pour le rapport lui-même, ici). Il reprend une thèse connue de Seymour Papert, "l'un des pionniers de l'intelligence artificielle" (wikipedia), pour qui le numérique permettrait de réaliser la révolution pédagogique dont Piaget avait rêvé, et de passer de "l'instructivisme" (le modèle magistral, fondé sur la transmission des connaissances) au "constructivisme" (l'enseignant accompagne l'élève qui est co-producteur de savoirs). Jean-Michel Fourgous ignore-t-il que, du SNALC à une partie du SNES, et de Finkielkraut à Brighelli (inspirateur des discours de campagne de Sarkozy), à droite comme à gauche, nombreux sont ceux pour qui la classe est le lieu de "l'instruction"? Ajoutons que le basculement "numérico-pédagogique" de l'école suppose, notamment pour remplacer les enseignants en formation, une augmentation des moyens que tous les budgets depuis 2002, réduisent. Un petit bout du "grand emprunt" n'y suffira pas. L'observateur est perplexe, même s'il voit au même moment l'accent mis sur le "livret de compétences", et donc sur la reconnaissance des acquis de l'éducation informelle (ici). Virage du pouvoir en place? Tensions en son sein? ou suprême habileté politicienne?

Le troisième, l'accompagnement scolaire, est plus sérieux, et récurrent (Lettre 26). Là encore, un bref historique s'impose. Depuis les années 60, on combat le travail idiot, le "par cœur" et la copie. Et dans le même temps, par petits bouts, on réduit d'une journée le temps passé en classe. Les exercices d'application seront donc faits à la maison, et ils seront "intelligents". Encore faut-il que les parents aient le temps et les moyens d'aider leurs enfants. Jusqu'à présent, l'Ecole a laissé les associations se substituer aux familles. Le secteur marchand, dont Acadomia est le symbole, s'est engouffré dans la brèche ouverte par les réductions d'impôts. Xavier Darcos, et maintenant Luc Chatel avec l'accompagnement personnalisé au lycée, tentent de ré-internaliser ce temps des apprentissages, dont Jean-Louis Borloo avait officialisé l'externalisation en 2005 avec les PRE(programmes de réussite éducative), ce qu'a confirmé Fadela Amara (ici). Résultat, un empilement de dispositifs à l'efficacité parfois douteuse. Ce sera le thème des 3èmes rencontres nationales du GFEN, et le même jour, d'autres rencontres dans l'Essonne (voir l'agenda, le 27 mars). C'était déjà celui du débat organisé par PRISME (ici), mais qui allait bien au-delà: Comment les collectivités pourront-elles redonner du sens au mot éducation, la scolarité n'en étant qu'un aspect?

Il faudrait aussi évoquer la triste saga des violences scolaires. ToutEduc s'est abstenu de le faire, sauf à signaler une belle série d'émissions sur France Culture (ici). Rien de bien nouveau sous le soleil, malheureusement, qu'il s'agisse des faits ou des réactions politiques et syndicales, sinon que ces intrusions dans des lycées mettent cruellement l'accent sur la vanité des discours sur l'autorité des enseignants, qu'il suffirait de "restaurer" (ici), ou de ceux qui s'imaginent que l'Ecole peut être coupée du reste de la société, "sanctuarisée"…

Ne serait-ce que parce que les enfants ont des parents. On peut les soustraire à leur influence en multipliant des internats (ici), ou en développant des politiques éducatives destinées à combattre l'obésité et les mauvaises habitudes alimentaires des familles (ici), ou au contraire tenter de les impliquer dans la lutte contre l’absentéisme scolaire (ici) et se demander comment les soutenir (ici), leur présence étant essentielle pour l'acquisition du langage (ici). Mais tout commence dans les premiers mois de la vie, et la réflexion sur le congé parental est relancée (ici), de même que celle sur les liens entre les structures "petite enfance" et l'école maternelle (ici). A noter que les enfants philosophent  très tôt (ici).

Quant aux collectivités, qui doivent penser des politiques d'éducation cohérentes, à travers des dispositifs morcelés (ici), elles doivent acheter bio et à proximité pour leurs cantines tout en respectant le code des marchés publics (ici), elles doivent répondre aux demandes des parents (ici), elles sont impliquées dans le lien entre éducation et développement durable (ici). Et lorsqu'elles veulent reconvertir un bâtiment scolaire, elles doivent se méfier. Heureusement, elles peuvent à présent se référer à la jurisprudence du Conseil d'Etat (ici), qui vient de démêler l'histoire d'une école désaffectée depuis des années, transformée en logement, et vendue au locataire…

A lire également
Apprentissage précoce des langues: Des effets bénéfiques pour l’enfant (Piet Van de Craen, Université de Bruxelles) (ici)
Cinéma, philosophie et éducation à Grenoble (ici)
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