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Mer 18 novembre 2009

Doha, capitale du Monde de l'Education?

Faire de Doha le centre du monde de l’éducation, c’est le but que s’est fixé Mozah Bint Nasser Al Missned, la seconde épouse de l’émir du Qatar. Ce minuscule Etat a découvert il y a 10 ans de tels gisements de gaz naturel que ses moyens sont sans limites, tout comme ses ambitions. Et puisque tout aura une fin, il envisage la diversification d’une économie qui n’en est qu’à ses débuts pourtant, et il investit, entre autres, dans "l’économie de la connaissance". D’où l’invitation lancée à un bon millier de "décideurs" ; "les décisionnaires les plus importants" venus de 120 pays, pour un "Davos de l’éducation", du 16 au 18 novembre. Parmi eux, 120 journalistes, dont 8 français, et quelque 80 intervenants, dont une seule française, Claudie Haigneré. Globalement, la vieille Europe était très peu représentée. N’aurait-elle plus rien à dire au reste du monde ?

Pour la Cheikha , "l’avenir de l’éducation est prêt à tourner une page ".  Le programme de l’ONU "Education pour tous", lancé à Dakar en 2000, est "dans le coma", "en état de mort clinique". Or les réactions sont timides, alors que l’humanité tout entière est concernée. D’où le WISE ("sage" en anglais), le World innovation summit for éducation. Toutefois, prévient-elle, si l’innovation est nécessaire, elle ne peut être cultivée comme "un facteur étranger". Dans chaque pays, il convient de créer des environnements propices, pour qu’elle naisse  "du profond de chaque société". Elle cite Nietzche, pour qui l'innovation n'est positive que si elle "s’inscrit dans le prolongement du passé".

Les tours de Doha

Décrit-elle alors les processus à l'œuvre dans l'élaboration des politiques éducatives, ou pense-t-elle à la politique de son époux, chef d'un Etat où les tours jaillissent chaque jour du désert? Elle préside la "Qatar foundation", qui crée, à côté de l'université publique, un campus privé, de 60 hectares, où les plus prestigieuses universités étrangères, américaines pour l'heure, ouvrent des antennes. On y trouve, à côté de jeunes femmes aux bras nus, venues du Liban, des USA… ou de France, des étudiantes qui portent le niqab. L'une d'elle, selon sa professeure de journalisme, se serait exclamée "j'ai trouvé ma voix" quand elle a réalisé qu'elle pouvait faire des interviews, être prise au sérieux en tant que professionnelle dans l'espace public qatari. L'évocation de la tradition n'est-elle, pour la Cheikha, qu'une précaution oratoire face aux résistances d'une société passée en un demi-siècle du chameau au 4X4? Est-ce une pédagogie de la transition? Ou un désir sincère de tenir les deux bouts de la chaine, comme en témoigne ce haras implanté au cœur du campus, afin que le lieu où se conserve l'ADN des chevaux de Mahommed voisine le laboratoire qui a entrepris le séquençage des gênes du palmier dattier? Ce qui vaut pour un petit pays confronté à une évolution plus rapide que nulle part ailleurs mérite-t-il d'être médité sur les autres continents?

Deuxième question, comment réussir un "Davos" de l'éducation? Rappelons que le Davos est une entreprise privée, et lucrative, les "décideurs" payant fort cher leur place pour entendre hommes politiques et spécialistes de l'économie prédire l'avenir à court et moyen termes, et, s'ils y échouent, décrire le monde où évoluent les entreprises. A Doha, nous étions tous invités, avion en classe affaire, hôtels 4 et 5 étoiles, conférences au Ritz… Parmi les intervenants, aucun ne parle au nom des "sciences de l'éducation", ni n'est pédagogue, hormis les 6 lauréats des "Wise awards" (voir ToutEduc). Quant aux politiques et aux présidents d'université, peut-on vraiment attendre d'eux, même très prestigieux, comme l'allemand Gherard Schröder, qu'ils aient des idées fondamentalement neuves?

Des échos donneront une idée de la teneur des débats choisis parmi les plus intéressants, mais quel que soit le regard que portent des professionnels sur ce type de "sommet mondial", il convient d'être très modeste. Que savons-nous des voies par lesquelles cheminent les idées, et comment elles s'imposent finalement? Prochaine édition de WISE en 2010, pour commencer à en juger.

Lire aussi: Echos du sommet de l'innovation pour l'éducation et Les Lauréats

 

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