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A quoi (et à qui) sert la recherche en éducation ? (Revue internationale d'éducation de Sèvres)

Paru dans Scolaire le mercredi 03 février 2021.

Pourquoi les recherches en éducation sont-elle, dans trop de pays, moins efficaces que dans d'autres domaines ? C'est la question que pose Jean-Marie de Ketele. Le rédacteur en chef présentait, ce 3 février, le dossier du dernier de la "Revue internationale d'éducation de Sèvres" et il évoque la difficile collaboration de trois logiques, celle du monde de la recherche, celle du politique et celle des acteurs de terrain.

Elles peuvent se contredire comme dans les pays arabes où le pouvoir politique, qui subit la pression du religieux, empêche que la recherche s'intéresse à certaines questions. Soumis à la loi du "publish or perish" et privés de moyens, les chercheurs sont condamnés à produire des résultats médiocres. En Afrique sub-saharienne, les chercheurs doivent aller cherche des financements du côté des organismes internationaux. A l'inverse en Chine, on voit le politique mettre en place cette alliance de la recherche et du terrain (voir ToutEduc ici). En Russie, cette alliance est mise au service de l'unification d'un immense territoire grâce à l'examen d'Etat : chercheurs et acteurs sont mobilisés sur la question du curriculum correspondant. En Suède, les municipalités qui ont une bonne part du pouvoir en matière d'éducation sont très sensibles à sa qualité et au travail mené en commun par les acteurs de terrain et les chercheurs...

Mais en France, ce qui frappe Jean-Marie De Ketele, c'est "le cloisonnement disciplinaire" des recherches sur l'éducation. "Chacun défend son épistémologie." Les équipes qui se constituent pour répondre à des appels à projets, quand elles en ont les moyens techniques, ne peuvent mobiliser des ressources diverses au service de l'éducation. L'universitaire belge (UCL) note des évolutions à Rennes, Nantes, Montpellier, Toulouse, Grenoble où se constituent des équipes pluridisciplinaires, "mais les cultures disciplinaires restent vivaces chez les chercheurs comme chez les enseignants. Un enseignant français se définit par sa discipline alors que l'identité d'un enseignant anglais tient à sa compétence à faire apprendre."

Autre écueil souligné par le rédacteur en chef de la revue, le risque de voir "les financements trustés par les disciplines bien cotées". Et plus encore de voir les travaux de recherche d'autant mieux acceptés par les revues scientifiques qu'ils sont quantitatifs. La question se pose notamment pour les grandes enquêtes internationale (voir RIES n° 54). Qu'est-ce qui est évalué ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Certes elles sont très rigoureuses au plan méthodologique, mais leurs objets sont-ils pertinents ? Tout n'est pas mesurable. On se souvient qu'Anthony Bryck n'a accepté la présidence de la Fondation Carnegie pour la promotion de l'enseignement qu'à la condition de financer des recherches "pour" et non pas "sur" l'éducation, donc des recherches "collaboratives et contextualisées", dont les résultats ne sont pas nécessairement transférables dans un autre contexte. En effet, les recherches quantitatives cherchent à isoler un facteur pour en mesurer l'effet, et la méga-analyse de John Hattie les liste précisément. Mais sur le terrain, on constate immédiatement le poids des interactions et la difficulté ou l'impossibilité de transférer.

J-M De Ketele insiste enfin sur l'importance, trop négligée, des recherches sur les valeurs. Une pratique peut être efficace et ne pas être souhaitable

Revue internationale d'éducation de Sèvres, n° 85, dossier La recherche en éducation. 180 p., 17€

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