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Les "réseaux d'échanges réciproques de savoirs" vont fêter leurs 50 ans.

Paru dans Scolaire, Périscolaire le mercredi 25 août 2021.

Les "Réseaux d'échanges réciproques de savoirs"® fêtent, du 11 au 13 novembre, à Strasbourg, le cinquantième anniversaire de la création du premier d'entre eux, à Orly en 1971, par Claire Héber-Suffrin, enseignante qui "avait constaté que ses élèves, même ceux en difficulté, détenaient de nombreux savoirs" qu'ils pouvaient transmettre à leurs camarades, y compris des savoirs "méconnus ou ignorés par l'école et parfois par eux-mêmes". Elle était soutenue par son époux, Marc Héber-Suffrin, administrateur d'un club de prévention. Cinq ans plus tard, un autre réseau se crée à Evry, mais hors cadre scolaire. Les savoirs peuvent en effet être échangés au sein d'une classe comme entre adultes. D'autres réseaux se créent en France, en Europe, au Brésil, en Afrique. L'Université de Tours met en place un diplôme universitaire de responsable de formation, le BEATEP "Animateur de réseau d'échanges de savoirs" est homologué par le ministère de la Jeunesse ...

Ces échanges ne donnent lieu à aucune contrepartie financière, les savoirs ne sont pas hiérarchisés ("il est admis d'offrir une recette de pâte brisée en échange de cours de mathématiques") et la réciprocité est "ouverte" ("une première personne qui offre un savoir à une seconde personne peut recevoir en contrepartie un savoir d'une troisième personne"). Chaque personne intéressée "formule au moins une offre et une demande de savoirs", l'association en assure la publicité, puis la mise en relation des personnes intéressées.

Mais Claire Héber-Suffrin propose, dans un ouvrage publié au début de l'année, d'étendre le concept de "savoirs" à celui d' "humanisation réciproque". Elle évoque "une culture de la reconnaissance réciproque" qui supppose d' "apprendre à mettre des mots sur une expérience" et qui passe par "une culture de l'exigence de la dignité pour tous".

Elle raconte : "Te demander de me lire était un acte de foi (...). C'était confier une pierre pure et brute puisée en moi. Comme un grand saut dans le vide. Un moment où, débarrassée de ma carapace, je m'exposais, j'avais la force de montrer ma vulnérabilité." La personne qui parle est une étudiante qui a donné à lire un dossier qu'elle préparaitpour son diplôme, mais ses mots pourraient être ceux de Claire Héber-Suffrin elle-même, ils sont représentatifs du livre, très personnel et comme une mise en danger en même temps qu'un réflexion sur l'idée même d'humanisation, et de dé-légitimation et de re-légitimation de l'autre et par l'autre. "Un de nos amis, ayant eu de grandes responsabilités (...), très reconnu (...) au niveau national comme au niveau local (...) se retrouve en EHPAD. Il ne compte plus que comme une unité (...), sa voix n'est plus légitime pour contribuer à dire ce qui est bon pour lui et pour sa communauté." A l'inverse, Bursa qui a 17 ans et qui participe au RERS de Mulhouse écrit : "En transmettant la danse, c'était la première fois que je transmettais mon savoir, j'ai appris sur le tas et j'aime bien savoir que les gens savent danser grâce à moi. Je me suis rendu compte que même la manière dont les autres me regardaient avait changé."

Dès lors, cette reconnaissance devient "une exigence éthique et politique", une aventure personnelle, une quête de sens qui passe par la co-évolution puisque "nous avons tous intérêt à l'enrichissement intellectuel et moral de chacun d'entre nous, humains". Et l'auteure veut aussi que "l'Ecole soit une chance d'éducation humanisante et d'apprentissages réussis pour tous les enfants".

Le site du RERS ici

"Puissance de la reconnaissance, chemin d'humanisation récriproque", Claire Héber-Suffrin, Chronique sociale, 204 p., 14€

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