Grève des AESH et AED : "Si le statut ne change pas, personne ne rejoindra le métier" (Reportage)
Paru dans Scolaire le jeudi 16 janvier 2025.
Mots clés : AESH, AED, grève nationale
"Je travaille trop pour si peu", a écrit Samira sur l’un des côtés de sa pancarte. Sur l’autre face, on lit : "Je veux un statut." Cette AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) de 41 ans l’est depuis 2016 en banlieue parisienne. Ce 16 janvier, jour de grève nationale des AESH et AED (assistant d’éducation) à l’appel d’une intersyndicale, Samira a rejoint le rassemblement place Vauban à Paris pour exiger de meilleures conditions de travail.
Quelque 150 personnes étaient réunies pour faire porter leur voix. "Je travaille de 9h à 16h30 tous les jours et je touche 1 300 euros", dit Samira. À côté d’elle, Rim, 33 ans, AESH également, ne gagne pas plus de 1 000 euros. "Comme je n’ai qu’un enfant, je n’ai pas le droit au supplément familial", explique-t-elle. Quant à Linda, ses 1 040 euros par mois ne lui permettraient pas de vivre si elle ne pouvait pas s’appuyer sur son compagnon. En plus d’un salaire plus élevé, Linda aimerait être davantage formée. "Nous ne recevons aucune formation alors que nous accompagnons plusieurs élèves." Dans certains cas, des AESH peuvent accompagner jusqu’à 11 élèves sur une même période.
"Faute de moyens, on est obligés de faire de la garderie"
Une meilleure rémunération, c’est l’une des principales revendications portées par les syndicats. Les autres concernent la revalorisation du statut en fonctionnaire de catégorie B, la reconnaissance d’un temps complet sur la base d’un accompagnement élève en 24h. "Actuellement, je suis 33 heures par semaine avec des élèves. Et ce n’est que 80% d’un temps plein, partage Roumana Nguyen, AESH dans un collège à Sarcelles et syndiqué à Sud Education. Avec 13 ans d’ancienneté, je ne suis qu’à 1 200 euros net." Si Roumana, investie depuis des années dans ce métier, ne se voit pas faire autre chose, elle critique le manque de moyens alors même que le gouvernement met en avant l’inclusivité à l’école. "Faute de moyens, on est obligés de faire de la garderie, dénonce-t-elle. Les AESH sont mutualisé.e.s et baladé.e.s dans différents établissements, ce qui a pour effet que les enfants sont suivis par différents adultes. Les institutions ne respectent pas les enfants et les maltraitent, ainsi que leur famille et les personnels." Les PIAL (pôle inclusif d’accompagnement localisé), qui deviendront progressivement d'ici 2027 des PAS (pôle d’appui à la solidarité), sont pointés comme responsables de la logique de mutualisation des AESH et donc de leur précarité, les syndicats en exigent l'abandon.
Dans la foule, si les AESH sont plus nombreux.ses, des AED sont aussi présent.es. Natacha et Héloïse, toutes deux surveillantes dans un établissement à Bondy, se considèrent "mal payées et mal considérées". "Pourtant, on est en première ligne face aux élèves, on est sur le front", dit Natacha, qui en parallèle de son travail a repris des études pour passer le concours de CPE. "On veut que notre prime REP + soit à la hauteur de celle des professeurs et des CPE." Depuis mai 2023, la prime REP + est versée aux AESH et aux AED, qui ne pouvaient jusque-là pas y prétendre. Pour beaucoup, c'est une victoire en demi-teinte car la prime est en moyenne moitié moins élevée que celle des enseignants.
La création de 2 000 postes ne résoudra pas le manque d'attracitivité
L’enjeu de la formation est central pour Natacha. "On n’a jamais reçu de formation, pourtant ce serait très utile !" Héloïse pointe, elle, le manque de valorisation des compétences acquises. "Il faudrait avoir droit à une VAE (la validation des acquis de l’expérience est une procédure qui permet de reconnaître les compétences professionnelles, ndlr). Parce qu’en sortant, en tant qu'AED, on se retrouve sans rien."
Alors qu'en février seront fêtées les vingt ans de la loi instaurant l’accessibilité généralisée de toutes les formes de handicap, la question des moyens pour rendre possible l’école inclusive est plus que jamais d’actualité. En 2006, 155 000 enfants en situation de handicap étaient scolarisés en milieu ordinaire. En 2024, c’est plus de 500 000. Mais cette évolution quantitative ne doit pas faire oublier l’aspect qualitatif. "De plus en plus d’élèves scolarisés ont des handicaps lourds, explique Roumana. Il faut plus de moyens, de structures et de professionnels pour bien les accompagner."
Les revendications portées par les grévistes, Elisabeth Borne dit les avoir entendues. "C’est un sujet que je vais mettre à l’agenda social. Nous avons mené plusieurs actions pour proposer un CDI (aux AESH), un temps plein ou pour les revaloriser de plus de 10 %. Maintenant, il faut qu’on voie comment leur proposer un vrai parcours professionnel", a dit la ministre de l’Education nationale au Parisien dans un entretien paru le 16 janvier.
La création de 2000 postes d’AESH a par ailleurs été confirmée par François Bayrou lors de son discours de politique générale. Cela n’empêche pas Soumara de se montrer sceptique. "Quand les gens sur le terrain se rendront compte de la réalité des conditions de travail, ils partiront. Le turn-over est déjà énorme ! Je ne vois pas l’intérêt de rester sur les mêmes bases. Si le statut ne change pas, personne ne rejoindra le métier."
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