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Chef d'établissement : pour une lecture historique du métier et une analyse des tensions qu'il traverse actuellement (AFAE)

Paru dans Scolaire le lundi 06 janvier 2025.
Mots clés : proviseur, AFAE, direction

De la création au 19e siècle de la fonction de chef d’établissement aux difficultés que traverse maintenant cette profession, la dernière Lettre trimestrielle de la section académique de Normandie de l’AFAE, Le 3EN1, propose sous forme de deux articles une exploration historique du métier de proviseur qui se poursuit dans l’analyse des tensions actuelles.

C’est en 1802, sous Napoléon, avec la loi créant les lycées de garçons que la fonction de proviseur est créée, rappelle Yannick Clavé, docteur et chercheur en histoire de l’éducation. "C’est donc dès la fondation d’un grand service de l’Instruction publique que l’État fait des proviseurs non seulement les supérieurs hiérarchiques des professeurs, mais aussi des pédagogues et des éducateurs, ce que n’a cessé de rappeler la législation depuis deux siècles jusqu’à nos jours, y compris dans la manière dont les chefs des lycées sont recrutés (exigence de la licence, puis de l’agrégation à partir de 1902)", écrit l'historien.

Un écart ancien entre proviseurs et enseignants

D’emblée apparaissent des tensions entre proviseurs et professeurs, structurées notamment par une vision dichotomique entre tâches administratives et celles d’enseignement qui incomberaient respectivement aux deux professions, alors séparées par la nature même de leur mission. Les proviseurs sont considérés par les enseignants comme un "intrus quand il se mêle d’enseignement", écrit en 1899 l’historien Gabriel Monod, posant la question de la légitimité pédagogique des chefs d’établissement.

L’auteur de l’article explique que cette légitimité était pourtant installée par des textes officiels tout au long du 19e siècle qui "font la part belle aux missions d’ordre pédagogique" du proviseur. Malgré ces compétences attendues, "les enseignants entretiennent volontiers l’image de proviseurs incompétents en matière pédagogique, pour mieux délégitimer leur fonction de ‘premier pédagogue’ du lycée", écrit Yannick Clavé. La presse, notamment anticléricale, et aussi la littérature entretenait par ailleurs cette image de "petits chefs" incapables d’enseigner.

Une réflexivité historique pour mieux appréhender les défis actuels

Cette tension n’était pas dans l’intérêt de l’Instruction publique qui veille à ce que les relations entre direction et corps enseignant fonctionnent. Elle instaure en ce sens "dès 1802, des temps de réunion entre les professeurs, sous l’autorité du proviseur", qui s’avèrent être peu tenues. La distance entre proviseurs et enseignants peine à être réduite, les enseignants restant souvent "jaloux de leurs prérogatives pédagogiques et didactiques, peu enclins à ouvrir la porte de leur salle de cours, méfiants vis-à-vis des ‘fruits secs de l’enseignement’ (et donc) peu disposés à laisser une place aux proviseurs et encore moins d’en faire des partenaires pédagogiques". Si le chercheur ne répond pas à la question de l’évolution de cette situation aujourd’hui, il insiste sur l’importance de connaître l’histoire de l’Ecole, la hauteur de vue et la posture réflexive qu’elle induit nous aidant à comprendre les défis auxquels l'Ecole est aujourd’hui confrontée.

Le métier de chef d’établissement soumis à de nombreuses tensions

Posture d’autant plus nécessaire que les tensions du métier de chef d’établissement sont aujourd’hui nombreuses. Pour Catherine Maman (Université Gustave Eiffel), ces tensions découlent d’un écart "qui ne cesse de croître, entre ses missions confiées par l’Éducation nationale, et sa réalité quotidienne". "Écartelé entre deux rationalités, celle d’un représentant de l’État et celle de chef d’un établissement autonome, la vision stratégique que les chefs ont de leur établissement manque souvent de clarté", écrit l’auteure. Ce qui engendre frustration et perte de sens chez les personnels de direction.

Au quotidien, les chefs d’établissement sont confrontés à des difficultés, du fait de leurs nombreuses responsabilités et des attentes multiples "pas toujours convergentes", ce à quoi s’ajoute le nombre important de parties prenantes avec lesquelles ils travaillent. A ces ambiguïtés s’ajoutent celles engendrées par l’écart entre la conception que chacun a de son rôle et "le rôle joué". Par ailleurs, il leur est de plus en plus demandé de prendre en charge des problèmes de société pour lesquels ils ne sont pas suffisamment outillés ou n’ont pas assez de temps. ""Ainsi, tout se passe comme si on attendait des chefs d’établissement qu’ils résolvent l’ensemble des problèmes sociétaux devant lesquels les politiques publiques restent inefficaces ou inexistantes", avance Catherine Maman.

Former à plus de flexibilité

La flexibilité est, selon l’auteure, la compétence essentielle à mobiliser pour les chefs d’établissement, dans un métier où "les émotions sont souvent mises à rude épreuve". "Le chef qui fait preuve de souplesse dans sa manière de piloter ses équipes, et plus généralement dans ses interactions avec ses différentes parties prenantes, obtient souvent plus de résultats que celui qui s’inscrit dans un passage en force, enfermé dans une posture exclusive d’autorité." Et en vue de facilité leur adaptation à des situations stressantes, l’auteure invite à généraliser les "initiatives en matière de formation à l’intelligence émotionnelle", que l’on trouve déjà dans d’autres secteurs d’activité et métiers confrontés au stress continu.

Lettre trimestrielle Le 3EN1 de la section académique de Normandie de l'AFAE, décembre 2024, "Face aux enseignants, la difficile affirmation du rôle pédagogique des proviseurs au 19e siècle", Yannick Clavé et "Réalité et difficultés des chefs d’établissement scolaire dans l’exercice de leurs fonctions. Comment réenchanter le métier ?", Catherine Maman

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