La confiance à l'Ecole : un objectif confronté à des obstacles (IGESR)
Paru dans Scolaire le dimanche 05 janvier 2025.
Mots clés : IGESR, bienveillance, respect, confiance, sécurité, harcèlement, vulnérabilités
"Au-delà de situations parfois alarmantes", une mission d'inspection générale chargée du thème "Enseigner et apprendre en confiance et en sécurité" fait état d' "une forme de dynamisme palpable voire d’effervescence autour des questions liées aux relations au sein de l’École (...).. Les actions et projets mis en œuvre visant le bien-être, l’amélioration du climat scolaire, la lutte contre le harcèlement, etc., témoignent d’une prise de conscience essentielle : il est crucial de continuer à agir avec fermeté et bienveillance pour que le contexte d’enseignement et d’apprentissage soit pleinement acceptable, confiant et sécurisant, pour les élèves comme pour les équipes éducatives."
Mais cela suppose, ajoutent les rapporteurs, "d’identifier et de nommer clairement les problèmes", ce qu'ils font, au risque de passer d'une description très sombre des réalités que vivent élèves, parents et personnels à l'évocation très optimiste des initiatives qui sont prises ici ou là et des solutions qui existent.
Les auteurs constatent que "de nouvelles vulnérabilités émergent chez les élèves comme parmi les personnels, notamment les enseignants. La dégradation de la santé mentale, la démotivation scolaire ou professionnelle, la désaffection du métier d’enseignant témoignent de réalités qui font de la confiance et de la sécurité, pour apprendre et pour enseigner, des enjeux essentiels pour notre nation." Ils listent les formes de contestation auxquelles les enseignants sont confrontés, qui vont du refus d'élèves de répondre à des questions qu'ils jugent "peu conformes à leur religion" au refus de renvoyer un ballon qu'une fille a touché en passant par le dénigrement de l'enseignant sur les réseaux sociaux. "Plusieurs enquêtes font état d’un mal-être grandissant parmi les élèves (...) et les enseignants (...) mais aussi d’une dégradation de leur santé mentale et du climat scolaire, dans de nombreux écoles et établissements." Et ils rappellent qu' "au cours des quatre dernières années, trois professeurs ont été assassinés dans l’exercice de leur fonction", que "chaque année, des élèves et des personnels se suicident."
Une forme d'unanimité
Ils font aussi état d' "une volonté unanime d’accorder au respect de la confiance et de la sécurité physique et psychologique une place prioritaire pour créer des conditions propices au processus d’enseignement-apprentissage (...). Depuis la publication de la circulaire de rentrée de 2014 qui fut le premier texte réglementaire à soutenir significativement la bienveillance à l’école – ce vocable y est utilisé à sept reprises –, l’usage de cette notion s’est généralisé au sein de l’éducation nationale" et il "a conduit de très nombreux enseignants à s’interroger sur la qualité de leurs relations aux élèves et sur l’impact émotionnel et comportemental de la manière dont ils s’adressent à eux lors de leurs consignes, explications, feedbacks ou de la délivrance de punitions. Sur ce plan, de nombreux cadres ont témoigné à la mission de l’attention plus grande qu’ils observent, parmi la majorité des enseignants et personnels de vie scolaire, à développer l’éthique de leur communication avec les élèves afin de respecter leurs besoins fondamentaux."
Mais la traduction de l’ensemble de ces priorités dans les gestes professionnels "n’est que très peu guidée. Les recommandations opérationnelles sont peu nombreuses et il existe peu de ressources explicitant des postures et gestes professionnels susceptibles d’alimenter la confiance et le sentiment de sécurité des élèves (...). Les propos des élèves sur la part, encore insuffisante, de leur éducation aux risques psychosociaux de la communication sur internet et les réseaux sociaux, sont préoccupants."
Un "serment d'Hippocrate" pour les enseignants ?
La mission fait état de méthodes qui sont "très peu utilisées alors qu’elles seraient efficaces ou très efficaces" selon une majorité des "personnes ressources" qu'elle a interrogées, notamment les actions de prévention menées sous l’impulsion des CVC (conseils de la vie collégienne) ou CVL (conseils de la vie lycéenne). Les inspecteurs généraux évoquent la MPP, la méthode de préoccupation partagée qui avait été promue en 2021 "par la DGESCO, comme la méthode à privilégier", et qui ne l'est plus "depuis la rentrée 2023". Les inspecteurs généraux ont observé "combien les dispositifs et initiatives qui visent à ce que les élèves échangent et se connaissent au-delà des frontières d’une classe, s’avèrent propices à un climat scolaire de qualité".
Ils considèrent toutefois que manque "un texte fondateur", charte ou serment, qui jouerait pour les personnels de l'Education nationale un rôle similaire à celui du serment d'Hippocrate pour les médecins. Il contribuerait à poser de "précieuses balises pour l’exercice de (leurs) métiers devenus plus complexes sur le plan relationnel".
Le rapport "Enseigner et apprendre en confiance et en sécurité : un enjeu essentiel pour la nation" ici
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