Un appel aux familles gitanes, qui "manquent à l’école" (ouvrage)
Paru dans Scolaire le jeudi 02 janvier 2025.
Mots clés : gitans, scolarisation, absentéisme
"Notre école. Appel à ceux qui lui manquent" est une adresse directe aux familles gitanes pour qu'elles scolarisent leurs enfants. L’auteur, Frédéric Miquel, est inspecteur (IA-IPR de lettres) dans l’académie de Montpellier où il dirige le CASNAV et la mission de scolarisation de familles gitanes. Dans son ouvrage, il cherche à convaincre les Gitans, les interpellant à la deuxième personne du pluriel, que l’école est un lieu qui leur est ouvert et qu’ils y ont, eux aussi, quelque chose à apporter pour la faire grandir.
"Ce qui me fait souffrir, jusqu’au cauchemar qui est aussi une phobie, c’est cet absentéisme (…) Il existe un état pire que l’absentéisme : l’invisibilisation." C’est pour ces familles invisibles, souvent reléguées aux marges, que l’auteur multiplie les arguments pour qu’elles rejoignent une école tolérante et riche de ses diversités. Il reconnaît la part de responsabilités de l’Etat dans l’oubli du peuple gitan, mais n’est pas fataliste pour autant. Il plaide pour un changement qui adviendra avec la participation de toutes et tous. Pour Philippe Meirieu, qui a rédigé la préface du livre, Frédéric Miquel s’adresse à la Gitanie "pour lui dire à quel point ses enfants constituent un véritable atout pour l’avenir de notre École et ses interpellations sont une chance qu’il nous faut absolument saisir afin de penser et de construire une société plus fraternelle".
Si l’auteur comprend les réticences, voire le rejet de la scolarisation, il veut faire comprendre que l’absentéisme isole davantage encore une minorité déjà victime de discriminations, et rappelle aussi l’obligation légale de l’instruction des jeunes en France, "qu’ils soient Gitans ou pas". "Dans une démocratie comme la nôtre, un des buts de l’école est justement de permettre de changer de classe sociale et de s’émanciper", écrit-il avant de préciser qu’il n’y aucune obligation pour autant à devoir quitter le milieu d'origine. "Ne vous détournez pas de l’école. Apportez-lui ce que vous êtes. Ne la méprisez pas. Personne ne vous obligera à quitter le groupe, ses lieux et ses coutumes. Vos traditions font partie de vous et même si l’école n’en fait pas partie, elle ne va pas s’en mêler. Mais au moins, vous pourrez traiter avec tous d’égal à égal, en vous libérant de la soumission qui vient de ce qu’on est privé des savoirs de base et des connaissances qui permettent de vivre plus librement, avec davantage d’autonomie. Voilà la véritable émancipation. Après, vous choisirez. Collectivement et individuellement."
Frédéric Miquel reconnaît les limites de l’Ecole qui doit évoluer pour mieux reconnaître ses élèves et leurs différences ainsi que la nécessité de lutter collectivement contre l’absentéisme, mais il en appelle aussi à une forme de devoir des familles gitanes pour qu’elles soient "responsables et moteurs de cette évolution". C’est dans le désir de construire une école où chacun trouve sa place que l’auteur demande au peuple gitan de dire quel avenir il souhaite pour ses enfants. "Dans votre réponse, nous comprendrons plus clairement ce que peut vous apporter l’école. Ce que vous pourrez lui apporter aussi." Pour Philippe Meirieu, "en s’adressant à la Gitanie, Frédéric Miquel nous dit, en réalité, ce que devrait être notre Ecole."
Notre école. Appel à ceux qui lui manquent, Frédéric Miquel, Champ social éditions, 2024, 118 p., 16 €.
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