Qui était vraiment Korczak, dont la vie et l'oeuvre ont inspiré la Convention internationale des droits de l'enfant ?
Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire, Culture, Justice, Orientation le jeudi 08 janvier 2026.
La figure de Korczak, longtemps méconnue, s'impose aujourd'hui pour tous les acteurs du système éducatif. Chacun sait qu'il dirigeait un orphelinat au sein du ghetto de Varsovie, qu'il a refusé de quitter les enfants quand il en a eu la possibilité, qu'il est monté avec eux dans le train pour Treblinka... On connaît aussi, parfois, ses livres, "Le roi Mathias 1er", "Le droit de l'enfant au respect" et "Comment aimer un enfant", qui sont au fondement d'un nouveau rapport à l'enfance qu'est venue formaliser la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant, mais qui était-il ? La journaliste américaine Betty Jean Lifton a reconstitué jusque dans le détail sa vie et son livre est republié en français.
Henryk Goldszmit est un enfant de la bourgeoisie juive qui, étudiant en médecine, pour participer à un petit concours littéraire, obligé au dernier moment de se choisir un pseudonyme, tombe par hasard sur un roman dont le héros s'appelle Janasz Korczak, il l'adopte mais l'imprimeur laisse passer une coquille, ce sera donc Janush... Il donne facilement un peu d'argent aux petits mendiants des rues. Un jour, l'un d'eux lui court après pour lui rendre les 20 kopecks qu'il lui avait donnés deux ans plus tôt après que l'enfant lui eut raconté un mensonge pour l'apitoyer. Combien de fois avait-il ainsi raconté des histoires ? "Souvent. - Est-ce que ça marche ? - La plupart du temps. - As-tu rendu l'argent aux autres ? - Non. - Pourquoi me le rends-tu ? - Parce que vous m'avez embrassé sur le front. - Est-ce que c'est si extraordinaire que quelqu'un t'ambrasse ? - Oui. Ma mère est morte. - Mais personne ne t'a-t-il dit que ce n'est pas bien de mentir et de mendier ? - Si, le curé, mais il dit cela à tout le monde. - Et n'y avait-il personne d'autre pour s'occuper de toi ? - Personne. Je n'ai personne."
Il raconte cette histoire, se rapproche des milieux intellectuels et progressistes de Varsovie, collabore au journal de "l'université volante" qui échappait à la police tsariste. Son père, malade mental, meurt et laisse une famille ruinée. Il mène de front ses études de médecine, ses visites dans les quartiers où s'entasse la misère, du préceptorat, son travail d'écrivain débutant. Il écrit un premier roman dans lequel se trouvent tous les thèmes de la vie de l'auteur, "son enfance étriquée, sa peur du suicide et de la folie, sa fuite du sexe, sa détermination à être un réformateur social, sa consécration aux enfants".
Il est médecin, mais "un médecin à la Robin des Bois, faisant payer les riches suffisamment pour procurer des médicaments aux pauvres". Puis il renonce à sa carrière, qui s'annonçait brillante, et il se consacre à ses émissions de radio, qui le font connaître dans tout le pays, et à la création d'un orphelinat. Impossible de rendre compte ici des quelque cinq cents pages de ce récit d'une vie avec ses moments exaltants et d'autres de doute, de souffrance, de colères aussi. Jusqu'à cet ultime geste, pour rester fidèle à lui-même.
L'ouvrage de Betty Jean Lifton a été édité une première fois en 1988, traduit en français et publié l'année suivante par Robert Laffont, complété, corrigé et réédité fin 2025 par les éditions Fabert.
"Janusz Korczak, le roi des enfants", B J Lifton (traduction R Travail), éditions Fabert, 551 pages, 29€

