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Évaluations nationales : l'IGESR recommande leur maintien en sixième en modifiant leur format et en fournissant une aide au pilotage et leur suppression en seconde

Paru dans Scolaire le mercredi 05 août 2020.

"Pour une exploitation maximale des évaluations nationales à l'entrée en sixième" et au regard des difficultés observées pour l'exploitation pédagogique de ces évaluations, une mission de l'IGESR (Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche) recommande de simplifier la forme des évaluations et de donner accès aux enseignants à toutes les réponses de leurs élèves pour qu'ils puissent s'en servir pour leurs remédiations, tout en mettant à disposition une aide au pilotage pédagogique des réseaux écoles-collège. En revanche, alors qu'elle défend le maintien des évaluations en début de sixième, la mission penche pour "un abandon des tests de positionnement de seconde". Elle invite plutôt à repenser le cadre du DNB, en vue d'en tirer un "bilan de compétences" qui serait mis à disposition des enseignants de français et de mathématiques de lycées dès la rentrée scolaire. Ces recommandations, inscrites dans un rapport remis en juin au ministre de l'Éducation nationale et publié le 27 juillet 2020, sont issues d'un double travail mené par 6 inspecteurs généraux : d'une part, l'observation des conditions d'organisation et de passation des évaluations conduites dans 22 académies entre septembre et octobre 2019, d'autre part, l'observation de l'exploitation pédagogique qui en a été faite en collège et en lycée dans 15 académies, entre novembre et décembre 2019.

Du côté des sixièmes, la mission défend en effet le maintien des évaluations en invitant même à les faire passer dès la deuxième quinzaine de septembre. Ce moment est opportun, selon la mission, "pour conserver une mesure des acquis des élèves au moment du passage de l'école au collège", parce "qu'un positionnement au moment charnière entre l'école et le collège est idéal pour une exploitation au niveau des départements et des circonscriptions" et parce qu'il permet "d'impliquer dès la passation les professeurs de collège".

Les élèves doivent faire les mêmes exercices et les enseignants avoir accès à toutes les questions et réponses

Néanmoins, elle invite à supprimer le caractère "adaptatif" de l'évaluation (tous les élèves doivent faire les mêmes exercices), et à faire en sorte que les enseignants disposent des réponses de chacun de leurs élèves à chacune des questions de l'évaluation. Des recommandations justifiées par une "difficulté unanimement relevée par les professeurs rencontrés" : ils ne connaissent pas les items proposés aux élèves et la façon dont les élèves y ont répondu, et ils ne savent pas non plus, alors que les évaluations ont été conçues pour tester des niveaux très variables, avec des questions adaptées en fonction de scores obtenus sur une première série d'exercices, "quels élèves ont eu accès aux questions d'un niveau inférieur, ni ce sur quoi portaient précisément ces questions d'un niveau inférieur". L' "abandon" du "caractère adaptatif" de l'évaluation, doublé d'un accès donné à ces informations, permettrait "de privilégier une communication simple et complète en direction des enseignants", lesquels seraient à même de "mieux analyser les échecs et les réussites et [d']organiser des remédiations".

La mission préconise aussi "une aide au pilotage pédagogique des réseaux écoles-collège", en constituant une équipe de circonscription qui sera chargée de "repérer les points forts et les carences" de l'enseignement délivré au cours moyen et de faire des propositions en termes d'adaptation de la formation ou d'accompagnement d'écoles à l'IEN. Ces propositions permettraient aussi, selon les inspecteurs, "de nourrir la réflexion des équipes pédagogiques de cours moyen lors des conseils de cycle".

Cette recommandation s'appuie aussi sur des constats de terrain : les chefs d'établissement souhaitent disposer du soutien des inspecteurs du second degré pour accompagner l'exploitation pédagogique, ainsi que pouvoir utiliser les évaluations dans le cadre de leurs travaux de liaisons, école-collège et collège-lycée, alors que les documents mis à leur disposition "ne sont clairement pas prévus pour nourrir ces échanges". De même, contrairement au relais de la chaîne hiérarchique du premier degré (recteur, IA-DASEN, IEN, directeurs d'écoles, PE), celui du second degré ne fonctionne pas bien pour les informations sur les évaluations, notamment parce que, contrairement à leurs homologues du 1er degré, les inspecteurs du 2nd degré n'ont pas accès à la plate-forme nationale des résultats, résultats qui sont en outre "transmis aux académies avec un décalage de plus de trois mois par rapport aux évaluations du premier degré". Or l'IGESR souligne "l'importance que revêt la possibilité réelle d'arrimer l'exploitation des résultats avec l'outil de passation lui-même" pour que les équipes et établissements s'approprient ces évaluations "comme outil pédagogique".

Pour les secondes, plus d'évaluations mais un "bilan de compétences" à établir dans le cadre du DNB

Du côté des secondes, la mission recommande en revanche de troquer les évaluations contre un nouveau DNB. Elle suggère d'introduire une nouvelle épreuve numérique pour "évaluer des automatismes et des connaissances" en français et mathématiques et de faire évoluer l'évaluation du DNB "pour qu'en complément des notes chiffrées en mathématiques et en français puisse être établi un niveau de compétences et de connaissances dans différents domaines en s'appuyant sur le modèle des fiches individuelles produites actuellement à l'issue des tests de positionnement de début de seconde".

S'appuyer sur l'existant (une autre évaluation avant les vacances scolaires), mettrait fin aux écueils observés plus particulièrement dans les lycées. À ce niveau en effet, les inspecteurs ont observé beaucoup moins d'investissement de la part des enseignants qu'au collège.

Des enseignants au lycées convaincus de leur inutilité contrairement à ceux des collèges

Ainsi, écrivent-ils, en lycée la passation ne mobilise pas "dans environ un tiers des cas observés" les professeurs de lettres et de mathématiques de la classe et la plupart des professeurs de lettres et de mathématiques de lycée rencontrés "ont convenu n'avoir rien fait des résultats cette année comme l'année précédente".Le fait que les tests de positionnement de français de seconde sont souvent considérés comme trop faciles, ou trop éloignés du travail et des attentes en seconde, le principal reproche étant l'absence de production écrite, considérée par les enseignants de lettres comme étant au coeur du travail en seconde, pourrait expliquer ce phénomène. Résultat, "si les enseignants de collège espèrent que ces évaluations leur seront utiles, ceux de lycée semblent dans leur grande majorité convaincus, dès les passations, de l'inutilité du dispositif".

Au-delà de ces deux scénarios qu'elle invite à privilégier, la mission fait d'autres recommandations qui pourraient s'appliquer également aux évaluations de seconde si celles-ci étaient maintenues. Notamment revoir le calibrage temporel des épreuves, notamment celui de l'épreuve de mathématiques de 6e pour laquelle seule une toute petite partie des élèves, estimée à 5 %, a pu terminer dans les cinquante minutes imparties. Revoir ce calibrage est d'autant plus important, selon l'IGESR, qu'il a conduit à une perte de crédibilité vis-à-vis de ces évaluations. D'ailleurs, "afin de remobiliser les équipes, en particulier en collège", les inspecteurs jugent "important" de "communiquer clairement sur le fait que l'évaluation de sixième en mathématiques a connu un dysfonctionnement, sans doute explicable, qui a été pris en compte dans la préparation de l'évaluation 2020". Les inspecteurs suggèrent aussi de ne pas traiter de la même façon les réponses erronées et les absences de réponse par manque de temps, au risque de fausser les résultats (un excellent élève peut ne pas avoir eu le temps de terminer l'épreuve), d'avancer considérablement la date de mise à disposition des résultats des évaluations (la transmission des résultats aux enseignants "peut prendre parfois jusqu'à plusieurs mois, sans raison valable") et d'éviter les retards "préjudiciables" dans la publication sur Éduscol des documents sur les évaluations nationales.

Lorsque la mission a conduit cette étude, les classes de sixième passaient ces évaluations pour la troisième année consécutive et celles de seconde pour la deuxième année consécutive. À la rentrée 2019, 820 000 élèves de sixième dans plus de 7000 collèges et 730 000 élèves de seconde dans plus de 4000 établissements ont été concernés par ces évaluations.

Le rapport ici

Camille Pons

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