L'Ecole est "au bord du burn out" (Sciences humaines)
Paru dans Scolaire le samedi 21 février 2026.
Annabelle Allouch (sociologue) : "Le principal effet de Parcoursup est d'avoir érigé la sélection en norme, déjà parce que tous les élèves deviennent des candidats !"
La maman d'une élève de cinquième : "Ma fille scrute (sur Pronote) sa moyenne en permanence et pleure à chaque point perdu, c'est une vraie catastrophe pour sa santé mentale. On ne peut même pas désinstaller Pronote, elle en a besoin pour son emploi du temps et ses devoirs."
François Dubet (sociologue) : "Non seulement l'emprise des diplômes exerce une pression sur l'expérience des élèves et des enseignants, mais elle pose la question de l'efficacité des formations scolaires (...), (les diplômes sont de plus en plus indispensables, mais ils sont de moins en moins rentables puisqu'il en faut de plus en plus pour accéder au même emploi que vingt ans plus tôt."
Ces trois citations sont extraites du dossier du dernier numéro de "Sciences humaines", "L'Ecole au bord du burn out", ou "sous tension", quand le mot "stress" est à toutes les pages ou presque, et propose un tableau d'un système scolaire où "l'évaluation devient l'horizon de l'éducation plutôt que son instrument" et où "le culte du succès immédiat encourage le conformisme et nuit à la compréhension profonde du réel".
Le dossier est aussi l'occasion de rappeler que l'institution scolaire "n'est jamais un lieu neutre de transmission des savoirs", qu'elle "fabrique du commun en inculquant des valeurs, des normes et des façons de penser partagées (...), mais en même temps, l'Ecole trie, hiérarchise, différencie (...). Puisque touts les jeunes passent désormais par l'école, il faut bien leur trouver une place : l'orientation devient centrale" alors que "la plupart des personnes occupent des emplois sans lien direct avec leur formation initiale".
Mais "des pistes de refondation émergent (...). Beaucoup de belles initiatives locales méritent d'être promues (...). l'orientation, aujourd'hui source d'angoisse, pourrait se muer en un véritable parcours de découverte de soi, libéré de la seule dictature de la note." Et le bonheur d'enseigner existe : "J'ai très vite compris qu'il ne fallait rien attendre de l'administration, mais il y a une reconnaissance dingue de la part des élèves (...). Quand des élèves me recontactent deux, trois ou même dix ans après pour me dire où ils sont, c'est génial !"
Sciences humaines, n° 386, mars 2026.

