L'éducation au numérique peut être "raisonnée" (N. Vallaud-Belkacem)
Paru dans Scolaire, Périscolaire le dimanche 08 février 2026.
Peut-on se passer de son téléphone portable ? Non. Najat Vallaud-Belkacem en a fait l'expérience et le raconte avec humour, elle l'a rallumé après 5 jours de jeûne alors qu'elle s'était juré de tenir une semaine, mais elle n'ignore rien des catastrophes qu'il peut générer. Impossible de le détruire tel une nouvelle luddiste qui brise les outils de la modernité, impossible pour les pouvoirs publics de le supprimer, il revient donc aux pouvoirs publics d' "aller vers les familles, (de) les accompagner, (de) les soutenir" estime l'ancienne ministre qui publie "Sevrage numérique, enquête sur notre rapport aux écrans et comment nous en libérer".
Elle propose, avec des images prises dans la vie quotidienne, y compris la sienne, un tour d'horizon des divers aspects de notre dépendance au numérique, et s'interroge. "Quel sens y aurait-il, si l'école doit préparer l'avenir de nos élèves, à occulter ce qui jouera un rôle absolument primordial dans leur monde ?" Elle a d'ailleurs "été ministre du plan numérique à l'école", quand l'urgence était de "ne pas laisser se creuser un écart entre ceux qui ont un matériel technique approprié et les autres", quand donc l'Etat a fourni aux élèves des ordinateurs. Aujourd'hui, pour que les parents puissent agir à l'échelle individuelle, il faut que soit mise en oeuvre au niveau national une politique qui donne aux élèves les moyens de leur émancipation. Elle rallie donc la cause d'un collectif "indépendant et transpartisan" qui réunit essentiellement des enseignants des premier et second degrés, mais aussi un philosophe comme Denis Kambouchner, et qui milite pour une "éducation numérique raisonnée".
L'établissement doit être un sanctuaire, à l'entrée duquel on dépose son téléphone, mais aussi "un lieu au sein duquel on contribue à armer nos élèves face au numérique" et à ses effets pervers, quand il contribue à leur stress "à force de vouloir tout de suite vérifier sur l'ENT la publication des notes et des moyennes" et qu'il accentue "des effets de compétition". L'éducation numérique raisonnée "s'articule autour de quatre points principaux, comprendre comment le cerveau réagit aux écrans, saisir les risques sanitaires associés à une exposition prolongée, décrypter les logiques économiques de l'industrie numérique, analyser les principes de conception des réseaux sociaux, des algorithmes, des jeux vidéo et des systèmes d'IA."
Il revient donc à l'Etat via l'Ecole et chacun d'entre nous "de contribuer à ce que, petit à petit, nos enfants et leurs enfants après eux, commencent à avoir une compréhension de plus en plus fine de ce qui se joue dans cet espace" qui est "tout aussi réel" que le réel. Cette conclusion intervient au terme du balayage d'un paysage complexe, où interfèrent sans qu'on puisse toujours les distinguer des nations, des entreprises aussi puissantes, voire plus, que des Etats (au point que le Danemark a nommé un ambassadeur auprès des GAFAM), des responsables politiques et des trajectoires individuelles.
Sevrage numérique, enquête sur notre rapport aux écrans et comment nous en libérer, N. Vallaud-Belkacem, éditions Tallandier, 235 pages, 19,90€

