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Les effets des dédoublements des CP et CE1 mesurés par les chercheurs qui les ont promus ?

Paru dans Scolaire le mardi 03 février 2026.

"La DEPP apporte son soutien à un projet de recherche visant à investiguer plus finement le lien entre les pratiques pédagogiques des enseignants et les performances des élèves dans le contexte de la réduction de la taille de classe en éducation prioritaire", indique le service statistique de l'Education nationale qui précise que ce projet est porté par Pascal Bressoux et Laurent Lima, deux chercheurs de l’Université Grenoble Alpes (ceux-ci ont été les meilleurs avocats de la politique de "dédoublement" des CP, CE1 puis GS, voir TE ici, ici, ici)

Elle soutient également un projet de thèse COFRA, c'est à dire dans le cadre d'un dispositif qui "permet à un doctorant intéressé par l’action publique de réaliser sa thèse au sein d’une administration de l’État" (ces "conventions de formation par la recherche en administration" proposent au doctorant une rémunération de 2 300 € ou un contrat de projet). Il s'agit de comparer les effets des dédoublements selon qu'ils ont commencé en grande section ou en CP. La thèse s'intéressera également au profil et à la mobilité des enseignants qui prennent en charge ces classes. 

Ces annonces interviennent en conclusion d'une publication titrée "Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire, que nous apprennent les données de la DEPP ?" (à noter que la DEPP ne parle pas de "dédoublements"). L'autrice, Axelle Charpentier, revient sur la publication en 2005 de l'évaluation des "CP à 10" expérimentés à la demande de Luc Ferry, laquelle "ne permettait pas d’établir une relation causale entre
les variables étudiées", note-t-elle sans souligner qu'elle avait que la DEPP avait à l'époque conclu à l'inefficacité du dispositif.

L'étude de Piketty & Valdenaire est en revanche causale et "documente des effets positifs d’une réduction de la taille de classe" (mais porte sur des effectifs beaucoup plus importants, ce qui n'apparaît pas non plus dans ce document, ndlr). Pour sa part, l'inspection générale "a fait le constat d’une hétérogénéité des pilotages académiques et départementaux de la mesure" et ne voit pas "de changement très net" des pratiques. Les enseignants pourtant font état d' "un recours plus marqué à la différenciation, à la pédagogie active, à l’étayage et à la stimulation cognitive" et d'une diminution de "la régulation de l’activité des élèves" (autrement dit, moins de discipline). Quant aux élèves, ils ont "des comportements plus adaptés vis-à-vis du travail scolaire et s’engagent davantage dans les activités scolaires".

L'autrice reprend ensuite des éléments de la synthèse d'un "document de travail" de la DEPP de 2021 qui concluait à "des effets positifs de la réduction de la taille de classe" équivalents "à 16 % de la différence observée en début de CP entre le groupe REP+ et le groupe hors EP en français et à 38 % en mathématiques". Ces chiffres, dus à une approche par "modélisation" ont été souvent mis en avant, en oubliant, ce que fait encore Axelle Charpentier, que ce document de travail donnait aussi, sans qu'ils figurent dans la synthèse, une autre présentation des mêmes résultats : via des "statistiques descriptives", les effets sont de 9 % d'écart type en français et de 14 % en mathématiques, donc des effets considérés par la littérature internationale à la fois logique et assez faible, même  si ils sont "statistiquement significatifs" (supérieur à la marge d'erreur) et permettent d'évoquer une "réduction des inégalités sociales". Elle ajoute : "l’impact positif de la réduction de la taille des classes en REP+ sur les progrès des élèves est surtout visible en CP et subsiste en CE1 sans effet supplémentaire. (...). Les progressions sont très hétérogènes selon les compétences évaluées" (mais elle ne pose pas la question de la pertinence de la définition de ces compétences, ndlr).

Plus grave que l'absence d'effets supplémentaire en CE1, "les analyses indiquent que les bénéfices de court terme observés en fin de CP jusqu’en fin de CE1 n’apparaissent plus à l’entrée de 6e (...). En outre, une analyse de l’influence de la politique de réduction de la taille des classes sur un score socio-cognitif des élèves n’a pas non plus révélé d’effet statistiquement significatif", d'où le soutien de la DEPP à des recherches complémentaires, au risque qu'elles soient orientées. 

Le document est téléchargeable ici, le document de 2021 ici

 

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