Peut-on croire encore en l'éducation ? (P. Meirieu et X. Bouchereau)
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Culture, Justice le lundi 02 février 2026.
"Nous sommes passés d'une société holistique, où le contrôle social exercé par la population sur les enfants était très fort - souvent trop fort -, à une société qui confie ce contrôle à des 'spécialistes' (...) ! Ce qui est terrible dans cette évolution, c'est qu'elle signe un abandon du projet d'éduquer au profit de celui de contrôler." Philippe Meirieu dresse ce constat désabusé dans le cadre d'un dialogue avec Xavier Bouchereau, un éducateur.
C'est l'occasion, pour le pédagogue, de revisiter tous les concepts qu'il a exposés depuis des années à l'aune de la prévention de la délinquance et pour le chef d'un service de prévention de se confronter aux difficultés qui font le quotidien des enseignants, aux tensions qui sont au coeur de leur métier, sachant que, et c'est l'implicite du livre qu'ils co-signent, les éducateurs prennent en charge des jeunes qui, le plus souvent, sortent du système scolaire en échec, ce dont ils ont la tentation d'imputer la responsabilité à l'école, tandis que les enseignants peuvent déplorer les faiblesses du travail éducatif en périphérie de l'école. Les deux auteurs se gardent bien de reprendre les termes d'un procès mutuel.
Et ils s'interrogent. Quand il a proposé ce dialogue à P. Meirieu, celui-ci lui a proposé de "partir d'une question simple, qu'est-ce qu'un enfant ?", laquelle s'avère n'être pas simple, et renvoie aussitôt à une autre, qu'est-ce qu'un adulte ?, et à un constat, beaucoup d'adolescents "sont enfermés dans le présent, ils ne s'imaginent aucun avenir, ils n'ont confiance en rien ni en personne". Nouvelles questions, "comment les faire entrer dans la temporalité pour qu'ils puissent se dégager de la frénésie du présent ?", "qu'est ce que l'éducation ?", doit-elle inviter "à développer la débrouillardise individualiste" ou favoriser "l'engagement dans la construction du commun" ?
Et des réponses se font jour. "Nous devons construire (d)es lieux, (d)es espaces intersticiels où les fatalités s'estompent, où la volonté de changement croit encore en elle." Sans compter pourtant sur des miracles. "Nous (éducateurs ou enseignants, ndlr) attendons que l'enfant ou l'adolescent fasse preuve de motivation (...). C'est (...) être victime d'une idéologie de la motivation bien discutable : comment peut-on être motivé par ce que l'on ignore ?" D'où la nécessité du "travail éducatif" qui "consiste à faire découvrir à toutes et tous le plaisir extraordinaire qu'ils peuvent trouver dans des activités exigeantes". Il y a donc "aussi des raisons d'espérer (...). L'effondrement de l'ancien monde auquel nous assistons aujourd'hui ne nous condamne pas à la violence ou à la tyrannie."
"Parce que nous croyons encore en l'éducation", Philippe Meirieu et Xavier Bouchereau, éditions ERES, 250 p., 20€

