Les enseignants et les personnels du privé sous contrrat pris entre deux feux (FEP-CFDT)
Paru dans Scolaire le mardi 20 janvier 2026.
ToutEduc s'est fait l'écho la semaine dernière de la publication par un collectif d'organisations laïques d'un livret donnant aux élus des conseils pour réduire les financements des écoles privées, en attendant une situation politique qui permette que les fonds publics aillent uniquement aux établissements publics (ici). La publication de ce livret intervient dans un climat de tension généré par les suites des affaires Betharram et autres et des prises de position du secrétaire général de l'enseignement catholique défendant, par exemple, le droit à la prière en classe. La FEP, l'organisation syndicale CFDT de l'enseignement privé réagit.
Valérie Ginet (secrétaire générale de la FEP-CFDT) : Effectivement, nous voyons deux radicalités qui se répondent, et ce n'est pas sans avoir des effets dans les établissements. D'un côté, les enseignants, quelque 150 000 auxquels s'ajoutent 80 000 personnels de droit privé, ont le sentiment d'être attaqués. Notre rôle est de les défendre quand ils disent: "on veut nous faire disparaître, il faut qu'on arrête de nous taper dessus". De l'autre, on voit certains chefs d'établissement, pas tous heureusement, s'appuyer sur la radicalité des propos du SGEC, pour déborder du cadre et nous avons, au syndicat, de plus en plus de signalements par nos adhérents de dysfonctionnements, qu'il s'agisse de l'EVARS, ou du respect de la laïcité, avec des bénédictions de cartables.
ToutEduc : Des bénédictions de cartables ?
Valérie Ginet : Oui, c'est une nouvelle tradition !
ToutEduc : Comment comprenez-vous la position du SGEC ?
Valérie Ginet : Il considère que ce n'est pas en effaçant son identité qu'on réussit dans le monde d'aujourd'hui, et qu'on ne peut pas reprocher à l'enseignement catholique d'être catholique, mais il prend le risque de substituer à un entre-soi social un entre-soi religieux. Or l'enseignement sous contrat participe au service public de l'éducation, il doit contribuer à la promesse républicaine d'offrir une éducation à tous les enfants.
ToutEduc : Que signifie cette promesse ?
Valérie Ginet : Toutes les familles ont droit à ce que la République finance l'éducation de leurs enfants, mais uniquement telle qu'elle est prévue par l'Education nationale. L'Etat doit donc financer l'enseignement, et en aucun cas les cultes. L'opinion publique est très attentive à l'utilisation de l'argent public, c'est bien normal et nous sommes favorables à ce que soit contrôlé cet usage, par exemple si certaines municipalités financent plus qu'elles ne doivent les écoles privées sur leur territoire (Valérie Ginet répond ici à l'un des arguments du livret, ndlr). Il ne faudrait pas que se développe l'idée d'une absence de transparence et d'une gabegie de subventions.
ToutEduc : Vous êtes inquiète ?
Valérie Ginet : Oui, ces deux radicalités sont contreproductives. Sans financements publics, les écoles privées seront réservées à une élite fortunée. Or elles doivent accueillir tout le monde, les familles ont parfois besoin d'une alternative à l'école publique, pour résoudre des questions de harcèlement par exemple.
ToutEduc : Les laïcs souhaitent voir l'école publique développer des alternatives en son sein...
Valérie Ginet : Certes, mais ce n'est pas vraiment le cas actuellement. Certains s'imaginent que l'école publique résoudrait ses problèmes si l'école privée n'existait pas. J'en doute fort. Mais le privé sous-contrat ne doit développer ni l'entre-soi social, ni l'entre-soi religieux, et au contraire rechercher la mixité. L'entre soi est toujours une mauvaise solution.

