Un film pour sensibiliser les élèves aux tragédies de la migration
Paru dans Scolaire, Culture le lundi 05 janvier 2026.
Dans l'espace Nelson-Mandela de La Gauthière, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), les élèves d'établissements publics et privés sous contrat sont invités au visionnage de l’avant-première de "Welcome to Europe", un documentaire qui sera en salle au mois de février et que Thomas Bornot et de Cyril Montana ont sous-titré "Qui sont les vrais barbares". Les deux cinéastes combattent les idées reçues et la xénophobie et ils suivent Cyril qui va à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays.
L’atmosphère est plutôt studieuse. Les collégiens comme les lycéens sont impatients de croiser les réalisateurs qui ont entamé un tour de France pour présenter leur film aux scolaires. "On est contents, cela parle de nous", dit Sarah, élève de 6ème, dont les parents attendent leur régularisation. "Monsieur, il est question de partir, de voyager, nous a dit la prof", renchérit Mounir, un camarade de Sarah. C’est effectivement ainsi que commence le documentaire. Mais la mer rejette les débris d’embarcations de fortune, tandis qu'on entend en "voix off" ’Éric Zemmour qui diabolise cette arrivée. "C’est pour le système social, dit-il, qu’ils viennent. C’est pour se faire soigner, qu’ils viennent (…). C’est parce qu’ils savent que, dans quelques années, ils feront venir leurs enfants (…) On envahit, on pille et on colonise."
Pour Cyril, le narrateur,, petit-fils de réfugié politique espagnol, "partir" était une évidence. Il décide de s'engager, en mémoire de son grand-père, aux côtés des exilés, de ceux et celles qui ont tout quitté, qui s'entassent dans un rafiot, se mettent en danger pour traverser la mer, avec pour mantra "je m’en fous". Elles et ils seront "mangé(e)s" par la Méditerranée, "une mer commune, partagée par le monde entier", susurre Delphine, enseignante, qui essuie ses larmes devant "tant de violence".
Le voyage de Cyril se poursuit en dépit de ces images violentes qui ouvrent le documentaire. Les rencontres se construisent, sans cesse. Elles installent une enquête (une quête ?). Elles sont personnifiées. Elles touchent les êtres. Elles les interrogent également. Elles rient et pleurent avec eux. Elles leur parlent. Elles se démarquent des représentations et des préjugés construits par les idéologies. Des récits d'exilés se confrontent aux analyses politiques. Et la science n’est pas loin, afin de mettre en lumière la vérité sur les discours de haine, de violence et de xénophobie.
Dans un décor filmé et monté avec une grande sensibilité, l'immigration devient un partage avec et pour toutes et tous. L’altérité est mentionnée, voire dictée, par le moindre mouvement de la caméra. On sent le geste qui oriente nos regards et nos questionnements. On sent la larme qui coule derrière la caméra car, en face, ce sont des êtres qui souffrent, des êtres courageux qui, en dépit du risque d'y perdre la vie, voyagent pour l’espoir humain.
Un témoignage de Rabah Aït Oufella.

