Contrat d’engagement jeune : l'obligation de justifier "d'activités" est plutôt contre-productive (Cereq)
Paru dans Orientation le dimanche 30 novembre 2025.
Le CEJ a remplacé en 2022 la "garantie jeune". Ce "Contrat d’engagement jeune" constituait une réponse "à la fragilisation socio-économique croissante des moins de 25 ans". Pour des raisons politiques, il devait éviter deux critiques, celle d'être un "RSA jeunes" ou une forme d' "assistanat". Le versement d'une allocation pouvant atteindre 562 euros mensuels a donc été conditionné "à la réalisation de 15 à 20 heures hebdomadaires d’activités". Le CEREQ publie une analyse des effets de cette mesure qui "contribue à transformer profondément" les missions des conseillers/conseillères et leur relation avec les jeunes.
Or "ce quota d’heures ne repose sur aucune expérimentation" et la définition de leur contenu "reste large". Les missions locales ont d'ailleurs bâti une grille forfaitaire et assez artificielle. C'est ainsi qu' "une recherche d’emploi, qu’elle soit ponctuelle (candidature en ligne à une offre) ou plus étendue (démarchage), vaut 3 heures". Et la production des 15 à 20 heures hebdomadaires mobilise jeunes et conseillers, chargés de "les définir, les organiser et les comptabiliser". Certain.e.s sont très stricts, "d’autres valorisent une plus large gamme d’actions dans les heures comptabilisées, comme la proche-aidance (accompagner sa maman ou sa grand-mère à l’hôpital), des rendez-vous médicaux, des heures de code".
Certain·es jeunes "renoncent à signer un CEJ, craignant l’engagement demandé, tandis que d’autres interrompent le contrat, se disant 'envahi·es' par ses exigences". Pour atteindre le quota, "des activités occupationnelles (participation à des évènements de partenaires ou ateliers internes), peu pertinentes pour les jeunes" peuvent leur être imposées, mais ils/elles "n’en sont pas dupes". D'autre part, l'envoi de candidatures, parfois sans discernement faute de perspectives réelles, peut s’avérer contre-productif (...), essuyer 30 refus par semaine est une épreuve démoralisante pour les jeunes." L’introduction d’une menace de sanction financière contribue "à une moralisation implicite de ce que doit être une 'bonne' recherche et des activités jugées légitimes"
Autre constat, "à ce jour, aucune étude publiée ne permet de confirmer une intensification de l’accompagnement par rapport à la Garantie jeunes".
Le Bref 478 "Conditionner l’accompagnement à des heures d’activités : le cas du Contrat d’engagement jeune", ici

