ACM : L'absence de prise en compte de leurs attentes contribue à la "désaffection" des jeunes (INJEP)
Paru dans Périscolaire le jeudi 20 février 2025.
Pourquoi, alors même que les attentes des jeunes sur leurs expériences en accueil collectif de mineurs (ACM) sont connues depuis des décennies, l’animation socioculturelle reste rigide et ne parvient pas à les intégrer ? Ce sont les limites de cette prise en compte qu’explore le rapport, publié par l’INJEP, de Baptiste Besse-Patin et Nathalie Roucous (Sorbonne Paris Nord) qui montre le lien entre le degré de considération des avis des jeunes et la "désaffection" de l’animation socioculturelle.
Se fondant sur des enquêtes antérieures et sur des entretiens contemporains, couvrant ainsi une période des années 1980 aux années 2020, ils observent une récurrence des critiques formulées par les jeunes qui aimeraient pouvoir davantage décider de leurs activités. Le manque de "souplesse" des ACM est pointé, avec des "horaires trop scolaires", "l’obligation" de faire l’activité, et de manière plus générale, les "contraintes de la vie collective". La difficulté à faire évoluer le fonctionnement des ACM a aussi trait à "l’homogénéisation pédagogique qui marque les ACM depuis les années 1960".
Qu’elles soient "endogènes" ou "exogènes", les contraintes sont nombreuses pour expliquer la persistance des pratiques. La plus récurrente d’entre elles concerne les activités. Celles-ci "sont centrales et régissent les autres séquences de la journée, au risque de bousculer d’autres aspects des pratiques d’animation", ce qui entraîne une forme de rigidité dans l’organisation de l’accueil ou des séjours. Les parents jouent aussi un rôle dans cette focalisation sur les activités, celle-ci venant répondre à leurs "réclamations". Certaines familles attendent même une "rentabilisation éducative du loisir" des ACM, et exercent ainsi une pression à ce que les activités occupent une place centrale.
Par ailleurs, instaurer plus de souplesse requiert de l’expérience. "Or, au regard de la situation du monde de l’animation socioculturelle, cette expérience fait souvent défaut." Et, dans le contexte actuel de difficultés de recrutement, le manque d’expérience est de plus en plus fréquent. A quoi s’ajoute un cadre réglementaire qui impose une "mise en concurrence des organisateurs à travers les marchés publics et la multiplication des dispositifs issus des politiques éducatives". Afin de répondre aux exigences des commanditaires, les organisateurs alignent leurs projets aux leurs, autant d’obstacles aux possibilités d’innover ou de sortir des cadres.
Les chercheurs, après avoir identifié les freins à l’assouplissement du mode d’organisation de l’animation, écrivent que ceux-ci forment un "système" qui "permet de comprendre la persistance des pratiques d’animation à travers la prédominance et la perpétuation d’un même mode d’organisation". Et de conclure, "répondant partiellement aux attentes des enfants, cette forme d’accueil généralisée participe de la désaffection des enfants pour les ACM lorsque leurs pratiques de loisir s’autonomisent au moment du passage au collège".
La publication ici.

