Apprentissage : une hausse expliquée pour moitié par les aides exceptionnelles à l’embauche (France Compétences)
Paru dans Scolaire, Orientation le mercredi 19 février 2025.
Quels enseignements tirer de la massification de l’apprentissage depuis 2018 ? C’est à cette question que propose de répondre une note de France compétences, à partir de travaux évaluatifs sur les conséquences de la réforme de 2018 et les plans de relance en matière d’apprentissage.
Loi de 2018 : une nette augmentation des contrats d’apprentissage
La loi de 2018 a entraîné une profonde restructuration de l’apprentissage, en passant d’un "système piloté par les Régions et sous contrainte budgétaire", à une organisation "libéralisée" qui s’est traduite par une "liberté de création de nouveaux OFA (organisme de formation par apprentissage, ndlr) et de nouvelles classes, le financement non contingenté adossé au contrat, la généralisation d’une aide à l’embauche (depuis la crise du Covid-19) et l’extension à 30 ans de l’âge limite". Ce qui a eu pour conséquence "une triple dynamique", avec "une forte hausse du nombre d’OFA (organismes de formation par l'apprentissage), et une diversification de leur profil, un accroissement des entreprises employeuses, notamment des TPME, et, enfin, une explosion du volume des contrats associée à une élévation de la part des filles".
La croissance, observée dans toutes les filières, a été encore plus marquée aux niveaux BTS, licence professionnelle et dans les écoles de commerce et de gestion, alors qu’elle est restée plus modérée aux niveaux CAP et bac pro.
Cette hausse de l’apprentissage s’expliquerait pour moitié par l’aide exceptionnelle à l’embauche qui a allégé la charge financière pour les entreprises. Cette aide, en forte hausse depuis la crise Covid, est financée par l’Etat et "a majoritairement profité aux apprentis du supérieur et aux plus petites entreprises". Pour autant, la note précise que "l’effet d’aubaine" est resté "minoritaire" : "plus de 6 entreprises sur 10 déclarent avoir accueilli un alternant pour pouvoir embaucher quelqu’un de formé à l’issue de la formation."
Toutefois, 41% des entreprises qui ont davantage recouru à l’apprentissage après la loi de 2018 l’ont fait en raison des nouvelles aides au financement de l’alternance. Ce qui conduit à supposer que, "sans que ce soit le cas de manière systématique ni même majoritaire, les aides à l’embauche d’apprentis ont pu générer un comportement opportuniste chez certaines entreprises cherchant à profiter d’une main-d’œuvre peu onéreuse".
Stratégies des OFA face à l’augmentation des dépenses
La note s’intéresse aussi au fonctionnement des OFA, dont 7 sur 10 présentaient un résultat excédentaire fin 2023. "Il convient, néanmoins, d’être prudent dans l’interprétation car les OFA pour qui l’apprentissage est une activité secondaire ou résiduelle peuvent être déficitaires sur ce segment mais pas à l’échelle de la structure." D’ailleurs les OFA qui ont d’autres activités que l’apprentissage présentent une meilleure rentabilité.
Devant faire face à l’augmentation des dépenses, qui ont notamment concerné la pédagogie, l’accompagnement, les fonctions supports et la communication, les OFA ont mis en œuvre plusieurs stratégies : les économies d’échelle, qui revient à augmenter le volume d’apprentis pour baisser le coût unitaire, une recomposition des contours de l’offre de formation via des stratégies de diversification ou de filiarisation.
Les OFA interrogés se disent préoccupés par la baisse éventuelle des ressources publiques. Certains "affirment qu’ils se retrouveront en difficulté pour rentabiliser les investissements lourds déjà réalisés, d’autres qu’ils seront conduits à fermer des sessions de niche non rentables répondant néanmoins à une demande sociale".
A partir des enquêtes qualitatives et de leurs premiers résultats, des pistes d’étude sont esquissées pour poursuivre l’évaluation des effets de la réforme. "Il conviendra, une fois les données disponibles, de vérifier si les performances de l’apprentissage en termes d’insertion professionnelle, notamment au niveau post-bac, ne se dégradent pas consécutivement à la massification." Et aussi de "s’assurer que l’apprentissage continue à moyen terme à jouer un rôle de réducteur des inégalités sociales comme c’est le cas aujourd’hui dans certaines filières du supérieur". La note pointe par ailleurs la nécessité de porter une attention à "la manière dont la recherche de rentabilité économique des OFA comporte le risque de générer des stratégies antinomiques avec la qualité des formations".
La note d'études "La massification de l'apprentissage depuis 2018 : quels enseignements des études qualitatives ?" ici.

