Un Observatoire de l’attractivité et de la mixité scolaire des collèges en Seine-Saint-Denis (E.Constant)
Paru dans Scolaire le jeudi 13 février 2025.
Quels sont les effets du plan d’attractivité mis en place dans des établissements qui font l’objet de stratégies d’évitement en Seine-Saint-Denis ? Cette tâche sera celle de l’Observatoire de l’attractivité et de la mixité scolaire des collèges, inauguré par le département et l’Education nationale le 13 décembre dernier. ToutEduc s’est entretenu avec Emmanuel Constant, vice-président du conseil départemental, pour aborder le rôle du nouveau dispositif et les enjeux qui lui sont liés.
ToutEduc – Pourquoi avoir créé l’Observatoire ?
Emmanuel Constant – Depuis des années, la question de l’origine sociale des collégiens dans les établissements publics revient régulièrement, et avec elle, celle de la mixité sociale et scolaire. Avec la publication des IPS (indice de position sociale, ndlr), détenue jusqu’alors par l’Éducation nationale, le phénomène de ségrégation scolaire, que l’on subodorait, a été rendu objectif. Dans le département de Seine-Saint-Denis, nous avons envisagé un plan visant à renforcer l’attractivité des établissements où l’évitement scolaire était fort. Entre le nombre d’élèves de 6e censés rentrer dans un établissement et celui constaté, il pouvait y avoir un écart de 25 enfants ! Nous avons identifié les 40 collèges les plus évités et élaboré, avec l’Éducation nationale, une politique d’attractivité. L’Observatoire a pour fonction d’étudier si ce plan d’attractivité a des effets de rattrapage, de conviction en direction des familles, etc. Pour cela, des spécialistes ont été sollicités pour apporter leur éclairage. Composés en comité scientifique, ils vont commencer à mesurer les premiers effets de ce plan, comme l’évolution des dérogations pour savoir si elles sont en recul.
ToutEduc – Quelles sont les mesures du plan d’attractivité ?
Emmanuel Constant – Ces mesures différent et correspondent à la fois à l’identité d’un établissement et à l’investissement de l’équipe pédagogique. Dans le cas où une équipe dynamique est portée sur la discipline des mathématiques, il est possible de mettre en place des classes d’excellence mathématiques et de les mettre en lien avec une école d’ingénieurs par exemple. Cela peut faire revenir des élèves qui auraient fui l’enseignement public compte tenu des effets de réputation qui ne sont pas toujours objectifs. Cela peut aussi prendre la forme d’une section linguistique internationale dans un collège proche d’un lycée qui propose aussi une telle section afin de permettre la continuité pédagogique. Un autre moyen de renforcer l’attractivité d’établissements évités est d’y flécher des projets éducatifs artistiques et culturel. En somme, ce n’est pas du ‘prêt à porter’ mais plutôt du ‘cousu main’. Aujourd’hui, ce plan est mis en œuvre dans 11 collèges, l’objectif est d’arriver à 40 en quatre ans.
ToutEduc – En enrichissant l’offre pédagogique, le risque n’est-il pas de créer de nouvelles séparations au sein même d’un établissement ?
Emmanuel Constant – Il ne faut surtout pas qu’il y ait une ségrégation interne à l’établissement. Nous sommes en train d’organiser un rattachement d’une partie d’élèves sectorisés sur la commune de Noisy-le-Grand pour qu’ils aillent en cursus ordinaire dans le lycée international de la commune. Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas de classes avec d’un côté des élèves en scolarité ordinaire et de l’autre ceux en section internationale. Les logiciels d’emploi du temps permettent de mixer les classes et d’organiser la mixité sociale scolaire au sein des classes. Il y a un engagement clair de l’Education nationale pour ne pas créer des micro-ghettos au sein des établissements sur la base de telle option ou telle spécialité.
ToutEduc – Comment expliquer la hausse des stratégies d’évitement ?
Emmanuel Constant – Ma fonction n’est pas de l’expliquer mais de lutter contre la représentation positive de l’enseignement privé en expliquant d’abord que, le plus souvent, les conditions matérielles et l’encadrement professionnel dans l’enseignement privé sont de moins bonne qualité que dans le public. Il faut lutter contre l’idée selon laquelle l’enseignement privé serait le meilleur pour ses enfants et convaincre ces familles que le meilleur se trouve dans l’enseignement public. Par ailleurs, le choix des familles qui se tournent vers des établissements privés confessionnels n’est plus fait pour des raisons spirituelles ou religieuses mais pour d’autres raisons, dont celle de privilégier l’entre-soi. C’est quelque chose à combattre car l’altérité, la mixité sociale et scolaire rend moins bête. Bien que les effets visant à rendre plus attractifs des établissements ne sont pas certains, il faut continuer d’agir.

