Comment médiatiser la recherche en éducation ? (IFE)
Paru dans Scolaire le vendredi 07 février 2025.
Les chercheurs en éducation souhaitent évidemment que leurs travaux contribuent à faire évoluer l'Ecole et les pratiques pédagogiques. Ils ont conscience du rôle que joue l'opinion dans les choix des politiques publiques, mais tous n'envisagent pas sur le même mode leurs relations avec les médias. C'est ce qui ressort d'une journée organisée par l'IFE (l'Institut français de l'éducation) le 5 février.
Xavier Pons (Lyon-1) distingue par exemple deux catégories de chercheurs, ceux qui sont militants et qui considèrent que cela fait partie de leur mission que de parler avec les journalistes, quitte parfois à "sur-vendre" leurs publications, comme le fait remarquer Stanislas Morel (Sorbonne Paris Nord) tandis que d'autres privilégient les interventions sur le terrain, auprès des enseignants ou dans les colloques et critiquent les "tentations médiatiques".
Mais les chercheurs doivent trouver leur place dans les débats qui secouent la société, ou, à l'inverse, prendre acte du fait que certains sujets ne sont pas "dicibles". Ce fut longtemps le cas de l'absentéisme, qui à la fin des années 90 n'était pas un sujet avant qu'un numéro d' "Envoyé spécial" décrive "un fléau", "prélude à la violence", et que le décrochage prenne toute sa place dans les journaux, alors qu'à l'époque personne ne dispose d'aucune donnée fiable sur le sujet.
Une fois acceptée l'idée de communiquer dans les médias, se pose la question du comment et des enjeux qui en découlent, tant du côté des chercheurs que de celui des journalistes dont les attentes peuvent différer. Pour Muriel Salle, historienne (Lyon 1), prendre la parole médiatiquement est "un numéro d'équilibriste", car il faut faire en sorte que le public non expert comprenne le sujet, et donc "faire simple", mais sans rien sacrifier à l'exigence du propos scientifique.
Dans les rédactions aussi, cet équilibre est "difficile" à trouver, témoigne Aurélie Djavadi, cheffe de la rubrique Éducation&Jeunesse à The Conversation, "entre la mise en valeur du chercheur et la ligne qu'on doit tenir (en tant que média, ndlr)". La journaliste explique que de longs échanges avec les chercheurs précèdent la rédaction de l'article pour s'accorder sur un angle, à la fois intéressant pour le chercheur et pour le lectorat. L'attention au lecteur est donc prise en compte que ce soit dans la forme finale de l'article ou sur son fond. "Il ne faut pas entrer dans une forme de spécialisation lors de la commande du sujet, avance la cheffe de rubrique. On doit garder le rôle de premier lecteur" qui n'est pas spécialiste et qu'il faut accrocher avec le sujet. Selon elle, le rôle du journaliste a le rôle de "pousser (le chercheur) à éclairer le propos" en vue de partager ses travaux.
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