Se former à la médiation pour rendre la lecture accessible à tous (reportage à l’École du livre de jeunesse)
Paru dans Périscolaire le vendredi 07 février 2025.
Mots clés : SLPJ, médiation
"Dans ce quartier, les adolescents, les adultes et les personnes âgées ont du mal à se côtoyer et ont des points de vue erronés les uns sur les autres. On s’est demandé comment permettre la rencontre en s’appuyant sur la lecture ?" Ce diagnostic fictif est celui d’un des quatre groupes qui ont suivi le stage à la médiation en littérature jeunesse niveau Expert proposé par l’École du livre de jeunesse située à Montreuil. En conclusion de leur formation, chaque groupe devait présenter un parcours de médiation qui venait reprendre les éléments abordés lors des trois jours précédents.
Se prêtant volontiers à l’exercice, les quatre femmes ont imaginé un parcours, jalonné de multiples interventions menées par des acteurs d’une cité éducative, qui visait à favoriser l’accès à la lecture tout en développant la relation intergénérationnelle. Autour du thème "la chambre", les stagiaires ont tiré un ensemble d’activités, allant d’interviews d’adolescents sur le rapport à leur chambre, s’inspirant là d’un album de portraits de jeunes, à une visite au Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) à Montreuil qui se tient chaque année en décembre depuis 40 ans.
Favoriser le "aller vers"
La genèse du stage est à remettre dans son contexte, explique la responsable de l’École Émilie Nicolas. "L’École a été créée il y a quinze ans avec la volonté de transmettre une expertise en matière de médiation de la littérature jeunesse que l’association (du SLPJ, ndlr) avait développée." En 2017 est née l’idée d’un stage qui s’est peu à peu structurée pour aboutir à un parcours découpé en trois niveaux allant de "initié" à "expert" (celui du jour). Le premier niveau est centré sur l’album de jeunesse, le deuxième s’élargit à tous les autres genres et le troisième est un approfondissement en vue de travailler collectivement un parcours de médiation. A chaque fois, des ateliers viennent consolider les acquis et une journée animée par un comédien est consacrée à la lecture à voix haute.
"L’objectif est d’accompagner des professionnels de tous horizons à la médiation jeunesse", précise Valérie Maeder, formatrice. Place à la pratique donc pour que les participants repartent avec des outils à mettre en place au quotidien. A l’instar d’Anna, éducatrice dans un SESSAD (service d’éducation spéciale et de soins à domicile). "Cette formation me permet de synthétiser toutes mes connaissances, et je m’en sers déjà énormément dans ma pratique professionnelle." Christel aussi, venue de Belgique et médiatrice jeunesse et numérique depuis vingt ans, est venue à cette session pour "approfondir (ses) connaissances".
Pendant le stage, l’accent est mis sur l’importance d'articuler une multiplicité d'activités menées par des acteurs de tous bords. "La médiation n’est pas une action isolée, souligne Valérie Maeder. Ce n’est pas en 1h30 qu’on peut faire bouger les choses auprès d’un public peu habitué à la lecture." Car c’est bien la question de l’accès à la lecture au plus grand nombre qui guide les missions de l’École. "La lecture est importante pour la construction de soi, la compréhension du monde et pour développer un regard critique. C’est important d’accompagner les publics qui, pour différentes raisons, ne sont pas familiers de l’objet livre ou de la lecture, qu’il soit jeune ou adulte, avance Valérie Maeder. Le stage donne des clés pour faire découvrir la lecture à des publics qui en sont éloignés." En ce sens, les formations incitent à créer des partenariats avec différents acteurs d’un territoire. "Seule, une médiathèque ne peut rien, donc on encourage le aller vers", explique la formatrice. Une notion d’ailleurs intégrée par le groupe qui avait imaginé faire intervenir dans leur parcours, en plus de la médiathèque, un centre social, un collège, un institut médico-éducatif (IME), un EHPAD et un Fablab.
Réduire la distance entre le livre et son lecteur
Parmi les autres projets menés par le SLPJ, celui "Des livres à soi". Une question en est à l’origine : comment faire entrer les livres à la maison, explique Sophie Castelneau, responsable adjointe au pôle public et médiation. "L’idée est d’aller parler aux parents, qui ne se sentent pas légitimes à transmettre un livre, et de les rassurer. C’est un travail avec les centres sociaux et les bibliothèques qui vise la mise en place d’ateliers avec les parents pour leur faire comprendre que l’émerveillement est possible, sans forcément poser de mots sur les images." Le dispositif, d’abord expérimenté en Seine-Saint-Denis, se déploie maintenant dans 140 villes en France et est reconnu par le ministère de la Culture.
Tout autant de pistes pour favoriser la médiation qu’Émilie Nicolas définit comme "donner les moyens de la rencontre entre l’enfant et le livre". Ce à quoi Valérie Maeder ajoute que "le médiateur est là pour réduire la distance symbolique, physique et psychologique", qu’il peut y avoir entre un livre et son lecteur. Devenu.es "expert.es", c’est maintenant au tour des stagiaires de donner suite aux notions apprises. "C’était passionnant, lance en souriant une des participantes, bibliothécaire à Nîmes. Ce n’est pas évident à mettre en place au quotidien parce que cela ne rentre pas toujours dans nos missions, mais c’est inspirant !".
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