La situation des établissements scolaires est "inquiétante" (SNPDEN)
Paru dans Scolaire le vendredi 31 janvier 2025.
Seuls 10 % des collèges et lycées ont tous leurs personnels nommés et remplacés, constate le SNPDEN. Le syndicat UNSA des personnels de direction de l'Education nationale a présenté à la presse, ce 31 janvier, les résultats d'une enquête flash qui a reçu en trois jours quelque 2 200 réponses, un nombre rarement atteint sur un laps de temps aussi court, ce qui témoigne, selon Bruno Bobkiewicz, secrétaire général de l'organisation syndicale, de la gravité de la situation telle qu'elle est perçue par ses collègues. C'est ainsi que seuls 35 % des établissements ont tous leurs enseignants, dans 16 % des collèges et lycées, un ou plusieurs postes n'ont pas été pourvus depuis la rentrée. 50 % des établissements n'ont pas tous leurs agents territoriaux (dont 17 % faute d'une ou plusieurs nominations). Dans 4 établissements sur 10, manquent un.e ou plusieurs AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap). Manquent des personnels infirmiers dans 15 % des établissements, des agents comptables ou secrétaires généraux dans 12 % des établissements, des adjoints ou des chefs d'établissement dans 9 % des collèges et lycées... Des niveaux qui n'avaient pas été atteints l'an dernier.
Bruno Bobkiewicz souligne que l'accent mis, dans le second degré, sur les absences de courte durée masque la réalité des congés de plus de deux semaines non remplacés. Le ministère et les rectorats "ont mis le paquet sur la rentrée", pour qu'elle soit le plus possible "réussie" mais depuis la situation se dégrade. A noter un élément d'explication, une augmentation des temps partiels thérapeutiques qui peuvent être prescrits par le médecin traitant et non plus nécessairement par le médecin conseil du rectorat, ce qui a favorisé leur augmentation, les "plafonds d'emplois" sont plus vite atteints et les rectorats ne peuvent plus recruter de contractuels, voire n'ont pas recruté ceux que, faute de budget, ils avaient "licenciés" en fin d'année civile... Le problème des remplacements se pose aussi dans le 1er degré, et une partie des 4 000 postes qui n'ont pas été supprimés au budget 2025 comme il était initialement prévu, iraient aux moyens de remplacements.
Le SNPDEN a dévoilé quelques éléments du "livre blanc" qui sera publié au mois de mars. Un personnel de direction sur quatre pense que les 3/4 des tâches qu'il effectue sont "hors référentiel métier", ils peuvent même être amenés à servir à la cantine, faute de personnel... A 60 %, ils considèrent que "les réformes qui se succèdent" pèsent dans l'exercice du métier. Ils sont plus d'un tiers à dénoncer les injonctions plus ou moins contradictoires des tutelles, et/ou la verticalité du fonctionnement institutionnel, et/ou le manque de personnel. Ils sont plus de 40 %, comme en 2004, à estimer leur temps de travail à plus de 50h/semaine, ils étaient un peu moins de 40 % dans ce cas en 2014.
L'organisation syndicale constate avec satisfaction que le ministère se dirige "vers l'extinction du choc des savoirs", mais il constate qu'aux 540 ETP qui doivent permettre d'améliorer le soutien aux élèves en difficulté en 4ème-3ème correspondent au mieux 2h par semaine et par collège, trop peu pour faire quoi que ce soit d'efficace. Elle s'inquiète aussi de l'absence de pilotage de la voie professionnelle alors que les établissements doivent mettre en place le "Y" : les élèves ont le choix de préparer, en fin d'année, ou leur insertion professionnelle ou leur passage en STS, mais le dispositif n'est pas couplé avec Parcoursup, et certains élèves qui ont préféré aller en entreprise auront une place dans l'enseignement supérieur et inversement... "C'est un système qui fabrique de l'échec en BTS."
Et le SNPDEN constate non sans amertume que la réforme du DNB, en remplaçant l'évaluation des compétences par des moyennes de notes obtenues dans le cadre discipinaire, sonne "la mort" du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et du travail qui avait été accompli pour sa reconnaissance.

