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Mixité socio-scolaire : le CESE a ouvert le débat avec N. Vallaud-Belkacem, J.-M. Blanquer et Y. Souidi

Paru dans Scolaire le jeudi 30 janvier 2025.

"Renforcer la mixité sociale à l’école." C’était le thème choisi par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) le 28 janvier et autour duquel ont débattu deux anciens ministres de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem et Jean-Michel Blanquer, et l’économiste Youssef Souidi, auteur de Vers la sécession scolaire ?

Face à la hausse des inégalités scolaires, au clivage grandissant entre établissements publics et privés, à la baisse du niveau, "le rôle du CESE est de trouver des éléments de réponse", avance en introduction Thierry Beaudet, président du Conseil. Ce débat est là pour "nourrir les réflexions et faire avancer le sujet dans l’intérêt général", souligne Jean-Karl Deschamps, président de la commission éducation, culture et communication du CESE. Alors que "la société française est de plus en plus fracturée", estime le président, ce dernier invite à l’élaboration de pistes en posant la question : "Que voulons-nous faire de l’école ?"

Une urgence à s’emparer du sujet

D’abord, place au constat. Pour Najat Vallaud-Belkacem, quand on parle de ségrégation scolaire, on pense d’emblée à l’Île-de-France, aux quartiers prioritaires de la ville, aux banlieues. "Mais c’est contre-intuitif, ce sujet existe partout sur le territoire national." L’ancienne ministre souligne que parmi les communes qu’elle qualifie de "territoire à séparatisme maximal", Limoges, Perpignan, Metz, Maubeuge arrivent en tête. Il y a urgence à s’occuper de ce sujet pour au moins deux raisons, dit-elle. D’une part, parce que la ségrégation scolaire contribue aux "écarts énormes" entre les élèves qui résultent d’un "déterminisme social", et d’autre part, par souci de cohésion sociale. "On ne peut pas vivre ensemble si on n’a pas grandi ensemble." Selon Najat Vallaud-Belkacem, la solution est du côté d’une plus forte coopération entre le ministère et les collectivités locales dont les particularités propres doivent être considérées pour trouver des réponses adéquates et où des expérimentations peuvent être lancées.

Jean-Michel Blanquer exprime son accord avec l’objectif de mixité sociale qui est "consubstantiel de l’idéal républicain". Mais il tient à "nuancer le diagnostic" qui présente une forte "hétérogénéité", "tellement les réalités sont différentes" et il insiste par conséquent sur "l’importance d’être près du terrain". Selon lui, pour mieux aborder ce sujet, il faut "éviter le pessimisme ambiant" et "enlever la gangue politique de certains sujets". L’ancien ministre tient aussi à distinguer les facteurs qui dépendent de l’Education nationale, comme la carte et l’offre scolaires, et ceux qui n’en dépendent pas, tels que le logement, et qui jouent un rôle dans la mise en oeuvre des politiques scolaires.

C’est sur l’enseignement privé que Youssef Souidi invite à tourner son regard. "La redéfinition de la carte scolaire n’empêche pas la fuite vers le privé, dit-il, faisant comprendre que d’autres leviers sont à considérer pour favoriser la mixité socioscolaire. "En France, les établissements privés sont largement subventionnés mais ils n’ont pas de comptes à rendre", souligne le chercheur qui rappelle qu’aujourd’hui, les familles se tournent surtout vers l’enseignement privé dans le cadre de stratégies d’évitement. A ce constat, Najat Vallaud-Belkacem ajoute que le privé n’a pas à supporter des contraintes qui sont assumées par le public, telles que la prise en charge d’élèves en situation de handicap ou allophones. "Les établissements privés ont beaucoup moins de choses à gérer, leur exercice en est simplifié et ils en ressortent plus attractifs", estime-t-elle, mettant en évidence une chaîne de causes à effets.

La politique de l’offre scolaire : une fausse bonne idée ?

S’agissant des pistes à suivre pour encourager la mixité scolaire, un désaccord sépare les deux anciens ministres au sujet de la politique de l’offre scolaire. Tandis que Jean-Michel Blanquer considère qu’une fois enrichie dans les établissements défavorisés, l’offre pédagogique aide à rendre l’établissement plus attractif, Najat Vallaud-Belkacem souligne qu’elle conduit à une reproduction des clivages sociaux mais entre les classes d’une même école, avec d’un côté les élèves favorisés qui suivent des options telles que le latin ou des classes CHAM (classe à horaires aménagés musique), et de l'autre, les élèves défavorisés. "La politique d’attractivité est intéressante à condition que tous les élèves en profitent et que les offres pédagogiques ne soient pas raptés par ceux qui ont les informations et les codes."

Le débat n'a pas abouti à des pistes concrètes mais a mis en lumière des éléments qui viendront nourrir le travail du CESE. "Notre ambition de faire de l’éducation un rendez-vous annuel vient du fait que nous pensons que l’éducation est trop absente des discours et des ambitions. Il faut plus en parler", conclut Bernadette Groison, membre du CESE et rapporteure du rapport "Réussite à l’Ecole, réussite de l’Ecole". Pour que l’école puisse "faire mixité", elle a besoin de "politiques publiques complémentaires, car l’école ne pourra pas tout toute seule", ajoute Bernadette Groison.

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