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Ecole inclusive et école pour tous : l'Etat doit s'engager davantage (APF France Handicap et UNAPEI)

Paru dans Scolaire le dimanche 26 janvier 2025.
Mots clés : APF France handicap, UNAPEI

"L’école inclusive, on n’y est pas." Le constat de Bénédicte Kail est sans appel. Pour la conseillère nationale éducation et familles d’APF France handicap, une association qui milite pour les droits des personnes en situation de handicap, le système scolaire français reste "élitiste", et "lorsqu’on n’est pas dans la norme, comme c’est le cas pour de nombreux enfants en situation de handicap, c’est un combat permanent".

Certes, des améliorations ont eu lieu depuis la loi de 2005 qui instaure le principe d’accessibilité pour tous les handicaps, et dont les vingt ans seront fêtés en février. Ainsi en 2006, 155 000 enfants en situation de handicap étaient scolarisés en milieu ordinaire. A la rentrée 2024, c’était plus de 500 000, a rappelé Laurent Lafon, président de la commission sénatoriale de la culture et de l’éducation, lors d’une table-ronde sur le sujet (voir TE ici). Mais le chemin est encore long. Une donnée, rapportée par Bénédicte Kail, est particulièrement marquante. "Parmi les enfants reconnus par l’Éducation nationale comme en situation de handicap, en 2023, on en comptait 63 000 au collège et seulement 50 000 au lycée. Cette différence montre qu’on les maintient jusqu’à l’école obligatoire puis on les éjecte."

Quand il est question de chiffrer les manques, l’APF France handicap, tout comme l’Unapei, un réseau français qui regroupe 330 associations qui représentent les personnes avec trouble du neuro-développement, pointent le manque de données publiques en la matière. A un questionnaire réalisé en interne auprès des associations membres du réseau, l’Unapei est arrivé au chiffre de plus de 20% d’élèves en situation de handicap qui ne sont pas scolarisés, ajoute la vice-présidente de l’Unapei, Sonia Ahehehinnou. De son côté, le syndicat Sud Education écrit dans un communiqué que "chaque année, 10 à 12 % des enfants avec notification manquent d’AESH à la rentrée, et 5 à 6 % n’en bénéficient pas de toute l’année, privant certains de leur droit à l’éducation".

Un système scolaire insuffisamment adapté

Le système scolaire n’est tout simplement pas adapté à ces élèves, affirme Bénédicte Kail, qui ne veut pas pour autant "jeter la pierre aux enseignants". Déjà confrontés à un manque de moyens, de temps et de formation, ils ne sont pas armés pour ajuster leurs cours. Et c’est pourtant là que réside un des enjeux majeurs selon elle : le manque d’adaptation des enseignements aux besoins spécifiques de l’enfant en situation de handicap. C’est ce qui conduit la représentante de l’association APF France handicap à dire que "les AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap, ndlr) sont l’arbre qui cache la forêt". "Les AESH ne sont pas là pour enseigner mais pour aider à mettre en place les adaptations nécessaires", précise Bénédicte Kail. Cette dernière reconnaît "légitimes" les revendications des personnels AESH, souvent dans des situations très précaires, dont celle de la titularisation (voir TE ici), mais elle invite à la vigilance. "Le rôle de l’AESH est d’accompagner l’élève. Il faut éviter qu’il y ait une délégation des enseignants sur eux."

Pour la vice-présidente de l’Unapei, si la compensation apportée par la présence d’un.e AESH peut être suffisante pour certains élèves, elle n’est pas adaptée pour d’autres, "car le besoin va au-delà de la compensation". De plus, "cette forme de compensation doit être accompagnée d’une action sur l’accessibilité de l’environnement", insiste aussi Sonia Ahehehinnou.

Face aux lacunes de l'Etat, la dérives des "AESH privés"

Même si le nombre d’AESH ne cesse d’augmenter depuis des années (il est aujourd’hui de 130 000), tous les besoins ne sont pas satisfaits, ce qui pousse les familles qui le peuvent à faire des demandes individuelles d’aide humaine auprès des MDPH (Maison départementale pour les personnes handicapée) pour avoir un "AESH privé". "Des MDPH acceptent, d’autres non", explique Bénédicte Kail qui alerte sur une "dérive" en cours. "L’école inclusive est la responsabilité de l’Éducation nationale", affirme-t-elle. Même critique portée par l’Unapei. "Ce phénomène existe car la réponse publique n’existe pas et, pour pallier les manques de l’Etat, les familles y recourent", dénonce Sonia Ahehehinnou.

Difficile de mesurer l’ampleur du phénomène qui serait toutefois en expansion, estiment les associations qui s’accordent sur l’effet néfaste qu’il engendre, à savoir la hausse des inégalités. "Cela crée une élite entre des enfants qui pourront exercer leurs droits car leurs parents en ont les moyens, et les autres", argue la vice-présidente de l’Unapei. "Le handicap amplifie les différenciations sociales, soulève de son côté Bénédicte Kail. Avec les "AESH privés", il y a d’un côté les familles armées pour constituer les dossiers, qui connaissent leurs droits, et les autres".

Un "Observatoire des besoins" au service d’une école pour tous

"Nous réclamons un Observatoire des besoins", souligne Sonia Ahehehinnou. Cet Observatoire, en plus de fournir des études quantitatives, permettrait de mettre en adéquation les besoins de tous les acteurs et les réponses à apporter, dans une logique interdisciplinaire qui inclurait les acteurs de l’Education nationale, du secteur médicosocial et paramédical, mais aussi les collectivités locales, etc. "Aujourd’hui, on ne répond pas aux cas les plus complexes", explique-t-elle. La coopération de l’ensemble des acteurs à laquelle l’Unapei appelle permettrait justement une école véritablement inclusive, c’est-à-dire qui soit le "point central" pour l’ensemble des élèves sans exception. "On pourrait s’appuyer avec cohérence sur toutes les ressources à l’extérieur, précise Sonia Ahehehinnou, mais tous les élèves doivent trouver leur place à l’école", où des réponses appropriées à chacun sont apportées.

Cette refonte du système scolaire est également demandée par le Sud Education. "Il s’agit de garantir une égalité des droits, de repenser les normes et les moyens pédagogiques, et d’associer un soutien pluridisciplinaire pour répondre aux besoins complexes des élèves", écrit le syndicat dans un communiqué.

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