Enseignement français à l'étranger : un objectif de déploiement confronté à des coupes budgétaires (audition de la directrice de l'AEFE au Sénat)
Paru dans Scolaire le mercredi 22 janvier 2025.
Auditionnée ce 22 janvier par la commission de la culture et de l’éducation du Sénat, Claudia Scherer-Effosse, directrice générale de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger ), a présenté la situation actuelle et les perspectives de la structure. Cette audition s'est tenue au lendemain de l’examen des crédits alloués à l’agence par les sénateurs dans le cadre de l’examen du volet "dépenses" du budget 2025.
Le réseau de l’AEFE, un acteur public administratif, regroupe 600 établissements répartis dans 138 pays et qui ont accueilli à la rentrée 2024 398 000 élèves. Depuis 2019, l’augmentation des effectifs est de plus de 8%, a précisé le président de la commission, Laurent Lafon. "Les élèves français représentent 30% des élèves des établissements français à l’étranger, 50% des élèves sont de la nationalité du pays où se trouve l’établissement et 12% sont des élèves de nationalité tiers", a de son côté indiqué Claudia Scherer-Effosse sans préciser ce que représentait les 8% restant. A la rentrée 2024, une augmentation de 1,4% a été enregistrée, a-t-elle ajouté. A noter que l’objectif Cap 2030 fixé en 2018 par le président de la République Emmanuel Macron vise à atteindre le nombre de 700 000 élèves dans le réseau.
Suppression de postes face aux coupes budgétaires
Face à la baisse des subventions annoncée par le gouvernement, à hauteur 14 millions d’euros, la directrice a indiqué que le budget de l'Agence, voté par le conseil d’administration de l’Agence en novembre dernier, prévoyait un déficit "réduit par deux mesures". D’abord, par "une mesure de schéma d’emploi" qui prévoit qu’une centaine de postes vacants à la rentrée 2025 ne seront pas pourvus, "les établissements sont au courant" a précisé la directrice, et par "la promesse de continuer sur les deux prochaines années avec 50 emplois supprimés en 2026 et 50 autres en 2027".
Un autre levier actionné concerne la diminution des subventions données aux établissements. En 2024, près de 29 millions d’euros ont été accordés aux établissements, mais "malheureusement c’est un des leviers budgétaires les plus faciles à activer", d’autant plus que "les contributions des établissements ne peuvent pas être modifiées en cours d’année", a avancé Claudia Scherer-Effosse.
Un amendement gouvernemental, ajouté au dernier moment lors de l’examen des crédits, prévoit une nouvelle baisse de quelque 3 millions d’euros pour l’Agence. "Cette annonce n’est pas une bonne nouvelle, a réagi la directrice. Nous allons donc travailler pour le budget rectificatif n°1 et nous présenterons au CA en mars prochain des mesures pour prendre en compte cette nouvelle diminution." Les marges de manœuvre sont pour l’instant limitées mais à terme, les contributions des familles devront aussi augmenter, a avancé la directrice. Dans l’immédiat, "l’Agence prendra dans ses trésoreries pour faire face à la baisse des subventions".
Des dynamismes différents en fonction des pays et des établissements
Ce sont les 600 établissements dits partenaires qui enregistrent le plus grand dynamisme de croissance, c’est-à-dire ceux qui signent un accord de partenariat avec l’Agence. Au contraire, les établissements à gestion directe, au nombre de 68, voient leurs effectifs diminuer.
Les freins au développement sont liés aux crises géopolitiques, explique la directrice qui souligne notamment la fermeture à la rentrée 2024 de l’établissement à gestion directe à Niamey au Niger, qui comptait presque 800 élèves, ainsi que celle de l’établissement partenaire en Azerbaïdjan, après que les autorités ont dénoncé l’accord intergouvernemental. Une perte de 325 élèves a aussi été constatée en Turquie "compte tenu de l’interdiction de l’Etat turc de scolariser tout élève ayant la nationalité turque ou franco-turque qui n’ait pas été déjà scolarisé dans un établissement avant janvier 2024". S’ajoutent à cela d'autres conflits, dont la guerre d’agression de la Russie en Ukraine qui a causé une baisse du nombre d'élèves scolarisés dans des établissements français à Kiev et à Moscou, mais ces effectifs commencent à remonter depuis peu.
Une tendance inverse s’observe dans d’autres régions où des tensions bilatérales sont aussi apparues, comme au Mali et au Burkina Faso, où les effectifs ont augmenté de 5,7% cette année. Quant au Liban, premier pays du réseau avec 64 000 élèves, à l’exception de deux établissements du Sud Liban qui ont dû fermer, les autres "ont pratiquement continué tout le temps en présentiel", a fait savoir la directrice qui rappelle le rôle de l’Agence de piloter le réseau et de permettre aux établissements de traverser des crises, comme au Liban. L'Agence a également développé ses compétences d'enseignement à distance depuis la crise Covid.
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