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Causes et effets du sentiment de déclassement du métier d'enseignant (ouvrage)

Paru dans Scolaire le mardi 21 janvier 2025.

Du début du 19e siècle, où "le statut des instituteurs était valorisé localement en vertu de leur instruction et de leur dévouement", au "sentiment de déclassement ressenti par les enseignant.es au début du 21e siècle", la perception du métier a invariablement changé pour en arriver aujourd’hui à un tel déclassement, tant sur le plan matériel que symbolique, que la question du recrutement est devenue une préoccupation politique majeure.

L’ouvrage "Enseignants, le grand déclassement ?", coordonné par Géraldine Farges, sociologue (université de Bourgogne), et Igor Marinach, politiste (université Paris-Nanterre) et composé de plusieurs contributions de chercheurs, s’attache justement à explorer les facteurs et les effets de l’érosion du métier. "In fine, cet ouvrage propose un certain nombre de clés d’analyse pour alimenter les débats autour du recrutement et des carrières enseignantes et leur apporter un éclairage nouveau, avec l’objectif principal de porter à la connaissance de toutes et tous des résultats de recherche récents. Ce faisant, l’ouvrage pointe la nécessité de revaloriser non seulement financièrement, mais aussi pratiquement et symboliquement le métier d’enseignant.e dans ses diverses modalités d’exercice."

Ainsi, Xavier Dumay, dans un entretien, "replace les politiques éducatives dont les enseignant.es font l’objet dans une perspective internationale". Géraldine Farges, s’intéresse aux causes de l’affaiblissement du statut social des enseignant.es. Elle distingue deux conceptions du statut social, l’un subjectif qui révèle que celui-ci est peu valorisé en France, et l’autre objectif qui s’appuie sur des "dimensions mesurables et comparables". Parmi ces indicateurs, la chercheuse retient le salaire et le niveau d’études qui montrent des décalages, entre une relative proximité des enseignant.es avec les groupes professionnels valorisés en raison de leur diplôme, et un éloignement par le salaire, peu élevé au regard des études.

Xavier Pons "se concentre quant à lui sur les professeur.es contractuel.les, recruté.es de manière (en théorie) provisoire pour répondre à la pénurie d’enseignant.es titulaires". Premier constat : on sait en fait "peu de chose" sur cette catégorie. De ses matériaux d’enquête se dégagent deux "représentations sociales dominantes" et opposées. D’un côté, le prof "jetable", de l’autre, "le stratège". Il montre aussi que les contractuel.les ont des difficultés à devenir des enseignants "comme les autres", preuve de la complexité à s’insérer dans l’établissement alors même que les rectorats ont de plus en plus recours à ces profils.

C’est à une idée reçue que Tristan Haute et Igor Martinache s’attaquent dans leur contribution. Celle de "la fin de l’ancrage à gauche des enseignant.es". Si le vote de gauche de ces derniers s’est érodé avec le temps, "à l’image de l’ensemble de l’électorat, ce groupe professionnel n’en reste pas moins l’un de ceux qui continuent à pencher le plus pour cette partie du spectre politique".

"Un lien entre deux processus généralement considérés séparément" est mis en évidence par Sandrine Garcia. D’une part, la rationalisation budgétaire, de l’autre, l’injonction à la différenciation pédagogique. Ces logiques, bien que d’origine différente, "transforment l’idéal du travail en prescription ou normalisent l’idéal", estime l’auteure. Et cette conversion en norme a pour effet de faire porter à l’enseignant.e la responsabilité de sa mise en œuvre, et donc de son échec potentiel.

Frédéric Giraud s'intéresse lui aux pédagogies alternatives, notamment celle développée par Maria Montessouri. "Les pédagogies alternatives contribuent de façon décisive à leur sentiment de reconnaissance et renforcent leur confiance et leur satisfaction personnelle", conclut l’auteur.

Chacune à leur manière, les contributions apportent un élément explicatif au sentiment, croissant, de déclassement chez les enseignants, mais aussi de la part de l'ensemble de la société. Elles apportent aussi en creux autant de propositions de leviers qui pourraient être saisis en vue de pallier le manque d’attractivité du métier.

"Enseignants : le grand déclassement ?", coordonné par Géraldine Farges et Igor Martinache, PUF, 2025, 112 p., 11 €.

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