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M. Bosque est à la recherche des profs perdus et d'un grand projet pour l'Ecole de la République

Paru dans Scolaire le mardi 21 janvier 2025.

"A la recherche des profs perdus" est un livre à part, tant par la forme que par le message qu'il porte. De son auteur, Mathieu Bosque, on sait seulement qu'il préside, depuis l'an dernier, le micro parti de François Ruffin, "Picardie Debout !" mais l'ouvrage n'est pas militant pour autant. Il s'inscrit à gauche, mais sans alignement sur les discours des partis politiques ou des syndicats. L'essentiel est ailleurs. Depuis Ferry et Gambetta il est clair "qu’il ne peut y avoir de république qui dure sans une école gratuite, obligatoire et laïque", mais aujourd'hui, bon nombre d'enseignants "ne votent plus à gauche" quand ils ne sont pas passés à l'extrême droite, les programmes des partis politiques "délaissent la crise de sens du métier" et "préfèrent miser sur les moyens ou les salaires". Résultat, "nous ne savons plus où trouver des profs. Nous ne savons plus comment donner envie à suffisamment de jeunes de faire ce métier et nous avons là un problème crucial."

Dès lors l'ouvrage va, d'un chapitre à l'autre, suivre trois "fils rouges". L'auteur a épluché toutes les statistiques connues, notamment celles émanant de l'OCDE et de PISA, pour y relever des données qui sont parfois passées inaperçues, comme celles-ci. "En France, environ 8 % des enfants de moins de quinze ans ne mangent pas à leur faim au moins une fois par semaine parce que leurs familles sont trop pauvres. Ils sont 5 % à ne pas manger à leur faim chaque jour ou presque. Nous parlons là de 270 000 collégiens et de 500 000 écoliers (...). La deuxième statistique oubliée me semble centrale. Elle concerne l’implication des parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants (...). En 2022, moins de parents ont demandé des rendez-vous aux professeurs de leurs enfants qu’en 2018, la baisse est de 12 points."

L'auteur constate qu'au collège, "pour environ une vingtaine d’heures hebdomadaires qui sollicitent l’intelligence du penser, on ne trouvera que six heures et demie pour l’art plastique, la musique, le sport et la technologie (...). Les enseignements de 'l’intelligence de la main' sont relégués au rang de matières secondaires (...). En 2023, seulement 40 % d’une génération obtient un bac général. Au collège, c’est donc presque deux tiers de chaque génération qui apprennent un enseignement dont l’utilité première ne les concerne pas. Ainsi bâti, le 'collège pour tous' serait aussi pipé qu’un Tour de France sous produits dopants. Pour les enfants ayant le bac général et ses raisonnements abstraits dans le viseur, les sommets scolaires se graviraient grâce à une motivation stimulante. À côté d’eux, les enfants du peuple, désintéressés de l’objectif caché, les regarderaient comme Laurent Jalabert voyait passer la fusée Armstrong EPO & Co."

L'auteur est favorable au collège unique dans son principe, mais il constate qu'en 1975, année de sa création, "nous sommes passés d’un vieux système inégalitaire qui l’assume à une école injuste malgré elle", même si elle a généré "une augmentation de la moyenne du niveau, principalement due à l’augmentation notable du niveau des enfants des classes populaires".

Le second fil rouge, constitué de multiples "crochets historiques", lui permet de revenir aux origines de l'Ecole de la République, avec quelques détours et quelques révélations sur nos grands hommes. En 1865, "la prestigieuse École normale supérieure vivait sous l’oppression de son directeur, Désiré Nisard, et de son adjoint, le fameux Louis Pasteur. Ils passaient pour des despotes auprès des étudiants, à qui ils interdisaient tout écart avec la morale officielle. Ils allaient jusqu’à fouiller les salles d’étude pour dénicher et confisquer les livres d’auteurs aussi subversifs que Rabelais ou Michelet, et ne toléraient aucune absence à la chapelle." Mais la Ligue de l'enseignement, Ferry, Gambetta, imposent peu à peu "une ligne politique dirigée vers le futur et non pas sur le regret du passé", dans un contexte marqué, par exemple, par le surgissement de la peinture impressionniste, contre l'académisme.

En 2023, on sent bien que l’Éducation nationale, son personnel et ses élèves se comprennent de moins en moins bien. L'ouvrage comprend donc, comme autant de très courtes nouvelles, le récit des immersions de l'auteur dans divers établissements, et les témoignages de personnels, mais aussi, chiffres à l'appui, un tableau de l'école d'aujourd'hui, avec quelques formules assassines. "En 1985, la France s’est dotée d’un arrêté qui interdit à tout débit de boissons alcoolisées de se trouver à moins de 200 mètres d’une école. Au quartier Air Bel, le complexe scolaire, maternelle et élémentaire, est situé à exactement 49,6 mètres d’un des plus gros points de vente de cocaïne de Marseille."

Constatant que de nombreux enseignants sont des contractuels qui se retrouvent devant des classes sans aucune formation sérieuse, et sans avoir toujours la volonté de se former avec leurs propres moyens, il commente : "Avoir un professeur correctement formé se transforme ainsi en un loto géant auquel sont soumis les enfants de pauvres. Dans cette école du hasard, la chance est devenue une qualité fondamentale pour être bon élève. Certains sociologues vont jusqu’à dire que la providence a plus d’importance que l’origine sociale dans l’explication de la réussite scolaire."

L'auteur propose une demi-douzaine de solutions pour faire sortir l'école de la crise actuelle. Il estime notamment que "le collège ne se libérera pas de sa fonction de tri social sans questionner son enseignement abstrait et général. Il manque au programme du collège une grande matière manuelle enseignée par des professeurs et des professeures issus de l’enseignement professionnel."

Mais son propos est autre. "Ne serait-il pas possible de retenter le coup de Jules Ferry ? N’y a-t-il pas une idée qui pourrait résonner dans les cœurs des profs et de leurs élèves pour tourner leurs regards vers l’avenir ? Ne pourrait-on pas ajouter aux deux vocations de la transmission des savoirs et de l’institution de la république un troisième concept ? N’existe-t-il pas une grande idée de notre temps qui viendrait apporter un sens nouveau et moderne à l’ancestral métier d’instituteur ou d’institutrice ?"

"A la recherche des profs perdus", Mathieu Bosque, préfaces d'A. Bentolila et P. Meirieu, édtions de l'aube, 220 pages, 18,90€

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