Les jeunes ruraux : les "invisibles" des politiques publiques (rapport de l’IGAS)
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Orientation le lundi 20 janvier 2025.
C'est aux "invisibles" qu’est consacré le dernier rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié en janvier 2025. Ces invisibles, ce sont les jeunes vivant en zone rurale, qui sont près de 3 millions sur la tranche d’âge 15-29 ans, contre 9,6 millions pour les jeunes urbains. Ce public est davantage délaissé que celui des villes, notamment en termes d’accès aux infrastructures et aux services, et la mission estime "à quelques 338 000 le nombre des jeunes ruraux de 18 à 24 ans vivant sous le seuil de pauvreté".
Les jeunes ruraux en proie à de nombreuses difficultés
Dans son rapport intitulé "Pauvreté et conditions des jeunes dans le monde rural : comment adapter les réponses institutionnelles ?", l’IGAS apporte une analyse sur la pauvreté des jeunes ruraux, ainsi que sur leurs conditions de vie. Est dressé le constat que ces derniers ont moins d’opportunités d’insertion ou de formation que les jeunes urbains, qu’ils souffrent de problèmes d’accès au logement, de santé mentale, d’inégalités de genre.
L’inspection pointe les manquements de l’action publique qui "peine à répondre à ces vulnérabilités multiples et à certaines situations de ‘perte de chance’, à agir en grande proximité dans des territoires très dispersés". Elle insiste à cet égard : "Les politiques publiques transverses sont insuffisamment ciblées vers les jeunes ruraux précaires, cependant que les dispositifs sectoriels à destination des jeunes, trop souvent calqués sur le modèle urbain, prennent mal en compte les contraintes inhérentes à la ruralité."
Face à ce constat, le rapport propose une trentaine de recommandations. Il s’agit d’une part de "réponses spécifiques aux besoins des jeunes ruraux à travers des mécanismes adaptés à la non-densité", et d’autre part, de "réponses destinées à l’ensemble des jeunes précaires dont pourront bénéficier les jeunes ruraux".
Un parallèle est établi avec les jeunes vivant dans des quartiers populaires des villes qui, comme les jeunes ruraux, se trouvent souvent confrontés au dilemme : "quitter leur territoire ou trouver un emploi pour y rester". Mais là où réside la particularité des jeunes ruraux d’après l’Inspection, c'est dans leurs conditions de vie et le "manque" qu’ils éprouvent. Manque de services publics et d’équipements, auquel s’ajoutent des "freins spécifiques, dont l’éloignement et une mobilité empêchée sont les facteurs déterminants". Ces difficultés de mobilité en viennent même à nourrir, chez les jeunes les plus vulnérables, "une forme d’autocensure" et contribuent à la dégradation de la santé mentale, avance le rapport.
Vers un "cadre de priorisation renouvelé", sur le modèle des QPPV
Parmi les mesures préconisées, l’IGAS recommande "d’adopter un cadre de priorisation renouvelé, appuyé notamment sur le nouveau zonage FRR + ciblé sur les publics les plus vulnérables en territoire rural". Le zonage France ruralités revitalisation (FRR), venu en remplacement des Zones de revitalisation rurale (ZRR) en juillet 2024, a pour but de renforcer l’attractivité des territoire isolés. Sur ce périmètre, une politique prioritaire pourrait être mise en place, sur le modèle de ce qui se fait pour les jeunes résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QQPV), suggère la mission. Des modalités d’intervention adaptées aux besoins des jeunes ruraux, telles que "des priorités d’accès aux programmes d’accompagnement vers l’emploi ou la formation", et des mécanismes de compensation de la non-densité pourraient être mis en place. La mission propose ainsi de concevoir une approche englobant l’ensemble des territoires à enjeux, QPV et FRR+ dont les populations ont des besoins similaires.
S’agissant de santé mentale, le rapport défend "la poursuite de l’installation d’antennes des maisons des adolescents et le déploiement en grande proximité de permanences et d’actions d’aller-vers en santé mentale dans les territoires ruraux".
Par ailleurs, pour l’IGAS, les aides données aux jeunes en difficulté sont un moyen d’accompagnement qu’il faut renforcer. Elle recommande d’étendre, pour l’ensemble des jeunes "en très grande vulnérabilité", la durée de l’allocation CEJ (le contrat d’engagement jeune vise à soutenir des projets professionnels et fournit une aide qui peut aller jusqu’à 552 euros), et aussi de "sanctuariser les crédits PACEA (le parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie vise à accompagner un parcours d’insertion et s’accompagne d’un montant mensuel qui ne peut pas excéder celui du RSA, ndlr)".
Le rapport de l’IGAS ici.
ToutEduc, média indépendant, assure un suivi exigeant de l’actualité des acteurs de l’éducation. Ce travail d’information a un prix, celui de vos abonnements. Pour vous permettre d’y accéder sans transfert de dépêches (sauf établissement scolaire), nous vous proposons des formules à tarifs dégressifs.

