Opinions sur l’École et l’éducation, semaine du 13 au 18 janvier 2025 (P. Watrelot)
Paru dans Scolaire le dimanche 19 janvier 2025.
Comme chaque semaine, Philippe Watrelot nous propose un panorama des tribunes et points de vue qui agitent les acteurs du système éducatif
Cette revue des tribunes est toujours éclectique, mais cette semaine deux thèmes se dégagent et structurent de nombreuses prises de position. C’est d’abord le début des inscriptions à ParcourSup qui suscite plusieurs critiques. On constate le développement de plus en plus important de formations privées dans ou hors de la plate-forme et qui font conclure à une marchandisation croissante de l’enseignement supérieur. ParcourSup est aussi critiqué, en soi pour son algorithme, son injonction à choisir et pour les inégalités que cet outil crée. C’est d’ailleurs ce qu’a exprimé le Premier Ministre lui-même dans son discours de politique générale.
C’est la politique éducative qui est le deuxième thème de discussion à partir des maigres indications de François Bayrou mais surtout des déclarations d’Elisabeth Borne devant les syndicats et dans la Presse. L’heure est au détricotage des mesures d’Attal à la fois pour donner des signes d’apaisement mais aussi et surtout pour des raisons budgétaires.
Bonne lecture !
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" Education à la vie affective, relationnelle et sexuelle : les jeunes la demandent, nous la leur devons" : l’appel de la Fondation des Apprentis d’Auteuil
Dans cette lettre ouverte à Elisabeth Borne, ministre de l’Education nationale, Jean-Baptiste Chatillon, directeur général d’Apprentis d’Auteuil, rappelle l’importance de la mise en œuvre de l’EVARS. Et son urgence, alors qu’en France, un jeune sur deux a déjà accepté une relation sexuelle dont il n’avait pas envie.
Jean-Baptiste de Chatillon (Dir. général de la Fondation Apprentis d’Auteuil) – Le Nouvel Obs le 13 janvier 2025 (ici)
"Où est l’info ?", une question d’actualité démocratique à l’ordre du jour
La 36e Semaine de la presse et des médias dans l’École pose une quetsion essentielle désormais : "Où est l’info ?". C’est l’occasion de se demander aussi où en est l’éducation aux médias et à l’information.
Jean-Pierre Véran – Blog Médiapart le 12 janvier 2025 (ici)
"C’est en renonçant à mettre en œuvre la sélection au mérite que nous avons organisé la discrimination sociale"
Les politiques scolaires menées depuis quarante ans ont accru les inégalités sans qu’un seul ministre assume d’en faire un véritable bilan, estime le philosophe Claude Obadia, dans une tribune au "Monde".
Claude Obadia – Le Monde [€] le 14 janvier 2025 (ici)
"Pour une évaluation plus juste et transparente de l’enseignement supérieur"
La proposition, louable, d’un label de qualité ne suffit pas à répondre au besoin d’information fiable sur les établissements, alors que prospèrent par ailleurs des classements internationaux sujets à caution, souligne le chercheur Julien Jacqmin, dans une tribune au "Monde".
Julien Jacqmin – Le Monde [€] le 14 janvier 2025 (ici)
Parcoursup : usine à stress ou outil de sélection pragmatique ? Le débat entre Annabelle Allouch et Pierre Mathiot
Pourquoi la plateforme d’accès au supérieur génère-t-elle autant d’anxiété chez les familles ? Quelle part d’idéologie véhicule-t-elle ? "Le Nouvel Obs" a fait débattre deux de ses meilleurs connaisseurs.
Annabelle Allouch et Pierre Mathiot sont au moins d’accord sur un point : Parcoursup, en opérant un classement généralisé des élèves de terminale, contribue au stress latent des jeunes Français… et de leurs familles. Entre la sociologue engagée, coauteure de "Contester Parcoursup" (Presses de Sciences-Po, 2024), et le politologue "réformiste", qui a beaucoup travaillé sur l’articulation entre le secondaire et le supérieur (et sur la réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale de mai 2017 à mai 2022), les points de convergence toutefois s’arrêtent là.
Le Nouvel Obs [€] le 15 janvier 2025 (ici)
Éducation : avec Bayrou, le grand flou ?
Le très long discours de François Bayrou n'a pas apporté les réponses aux questions des enseignants. La "première place" promise à l'Education nationale par le Premier ministre reste virtuelle. Bayrou entend poursuivre les réformes Macron.
François Jarraud – Blog Médiapart le 15 janvier 2025 (ici)
Editorial de la Lettre de Touteduc
Le projet de décret permettant de rétablir les groupes de besoins (ou de niveaux) a disparu de la liste des textes dont on attendait qu'ils soient soumis au CSE (le Conseil supérieur de l'éducation) demain 16 janvier, et le projet de décret réformant le DNB (le brevet des collèges) ne comporte plus qu'une seule mesure, la création d'une mention "très bien avec félicitations du jury" pour les candidats reçus avec 18/20. Les autres dispositions, qui figuraient dans le projet initial, en particulier pour diminuer la part faite au contrôle continu et aux "compétences" du socle commun, sont abandonnées.
A l'évidence, l'heure est à l'apaisement […] (nb. Le paysage a de nouveau changé)
Pascal Bouchard – Touteduc [€] le 15 janvier 2025 (ici)
Inscriptions post-bac : Parcoursup, l’orientation par algorithmes ?
À partir du 15 janvier 2025, les lycéens peuvent enregistrer leurs vœux d’orientation post-bac sur Parcoursup, la plate-forme nationale d’accès à l’enseignement supérieur qui a soulevé un certain nombre de critiques et d’interrogations lors de ses dernières sessions. Que nous dit la recherche sur son fonctionnement ?
Alban Mizzi – The Conversation le 14 janvier 2025 (ici)
Parcoursup, machine à produire de l’injustice
Malgré quelques améliorations, la longueur et l’opacité de la procédure d’orientation dans le supérieur continuent de susciter déceptions et incompréhensions, constate le sociologue Alban Mizzi.
Alban Mizzi - Alternatives Économiques le 15 janvier 2025 (ici)
Après le cyclone Chido, offrir une scolarité décente aux élèves de Mayotte
Un mois après le passage de Chido, dans quelles conditions les enseignants et les élèves de Mayotte pourront-ils reprendre le chemin de l’école ? Dans le plus jeune département de France, si les infrastructures ont été dévastées par le cyclone, le système éducatif souffrait déjà de difficultés structurelles, peinant à accueillir tous les élèves.
Gilles Séraphin, Jim Sermeth, Tanguy Mathon-Cécillon - The Conversation le 15 janvier 2025 (ici)
L’école à la croisée des chemins
Après avoir fait figure d’exception européenne, la France fait désormais face à une baisse de son nombre d’élèves. Face à cette tendance, deux réponses semblent possibles : maintenir le budget de l’éducation et augmenter le budget par élève, ou maintenir le budget par élève et baisser le budget de l’éducation. Alors que la première option semble avoir été privilégiée, Philippe Watrelot déplore que l’enseignement soit d’abord considéré comme un coût plutôt que comme un investissement.
Philippe Watrelot – Revue Mermoz le 15 janvier 2025
https://lecercledeseconomistes.fr/articles/societe/lecole-a-la-croisee-des-chemins/
Marchandisation, dérégulation et privatisation : l’enseignement supérieur en péril
Parcoursup, c’est parti ! Dans cette tribune, Mathis d’Aquino analyse la privatisation de l’enseignement supérieur et la stratégie des écoles privées dans lesquelles est désormais inscrit près d’1 étudiant sur 3. Il mène une recherche en science politique à SciencesPo Bordeaux sur l’enseignement supérieur privé en France. Pour le Café pédagogique, il montre comment les écoles privées créent et capturent une demande artificielle à grand renfort de publicités. Leur prolifération a pour corollaire des dérives mais elle participe aussi à rendre illisibles les offres de formations au détriment du service public : "ce chaos organisé n’est pas un échec, mais une stratégie redoutablement efficace. Là où les établissements privés misent sur des solutions rapides et des discours séduisants, les formations universitaires, par leur exigence académique et leur mission publique d’intérêt général, offrent des formations larges, reconnues et durables. Elles ne se contentent pas de répondre aux besoins immédiats du marché en dégageant des profits privés : elles préparent les étudiants à penser, à s’adapter, et à construire l’avenir dans un monde complexe et en mutation".
Mathis d’Aquino Le Café Pédagogique 15 janvier 2025 (ici)
Convention citoyenne pour l’éducation : arrêter les attendus nationaux de l’éducation
"Un débat public sur les attendus de l’éducation, porté par la démarche de convention citoyenne, permettrait de montrer que les domaines de compétences sont le reflet de l’intérêt général. Ce débat permettrait de montrer que la volonté affichée d’un retour aux savoirs, prônée par un courant populiste qui sait manier les médias avec habileté, n’est pas partagée par les citoyens" écrit Stéphane Germain. Dans cette tribune, il revient sur la proposition de Convention citoyenne pour l’éducation. Il y est question de l’approche par compétences, des attendus nationaux à mettre au cœur du débat public. Dans un contexte de montée du national-populisme et dans un système qui laisse la main au gouvernement, il soulève la question de la "protection constitutionnelle de l’éducation".
Stéphane Germain – Le Café Pédagogique le 16 janvier 2025 (ici)
François Bayrou pour l’école : le grand flou
Dans cette tribune, le conseiller régional Yannick Trigance relève le flou et les manques du discours de politique générale du Premier ministre François Bayrou. "En déclarant au sujet de l’école : "je sais qu’un chemin est possible", nous lui conseillerons de suivre celui de la réhabilitation de l’école de la République" écrit-il.
Yannick Trigance – Le Café Pédagogique 16 janvier 2025 (ici)
Éducation à la sexualité : "L’enseignement catholique aurait-il renoncé à défendre son caractère propre ?"
Défenseuse de la liberté scolaire depuis vingt ans, Anne Coffinier revient sur les débats autour du "caractère propre" de l’enseignement catholique. Pour elle, le projet d’un programme d’éducation à la vie relationnelle et sexuelle (EVARS) risque de porter atteinte au caractère propre de chaque établissement scolaire.
Anne Coffinier La Croix le 16 janvier 2025 (ici)
La baisse de la démographie scolaire : une chance historique de réduire le nombre d’élèves par classe en France
Des classes à 20 ? c’est ce que propose ce professeur d’histoire-géographie : "Il est inutile d’inventer des dispositifs particuliers, d’imaginer une école révolutionnaire, de bricoler des groupes de niveau. Une décision simple doit être prise rapidement : décidons que les classes ne dépasseront pas 20 élèves". Alors que la ministre a annoncé l’annulation des 4000 suppressions de postes prévues par le gouvernement précédent, ce professeur d’Histoire-géographie propose d’aller encore plus loin.
Jehan-Philippe Contesse - Le Café Pédagogique le 17 janvier 2025 (ici)
Les différences d’apprentissage renforcent-elles les inégalités socio-scolaires ?
Sollicite-t-on les élèves de la même manière quels que soient les contextes sociaux de leurs établissements scolaires ? Ou sont-iels confronté·es à des degrés d’exigences différents qui risquent insidieusement de "pérenniser" voire de "creuser" les inégalités socioscolaires ? C’est la question qui traverse le travail de recherche dont rend compte, à partir d’"une analyse de cahiers d’élèves d’établissements socialement différenciés", l’ouvrage Des différences curriculaires en classe de 6ème. Une invitation constructive à réfléchir à ce qui se joue au quotidien dans le travail en classe, pour en améliorer les modalités et construire des situations fournissant "à chaque élève les moyens de comprendre ce qui est demandé et d’acquérir aussi les moyens d’y répondre". Elisabeth Bautier et Marion van Brederode, co-directrices du projet, répondent aux questions du Café pédagogique.
Elisabeth Bautier et Marion van Brederode – Le Café Pédagogique le 17 janvier 2025 (ici)
Bruno Devauchelle : se former, s’autoformer en contexte numérique
La formation continue des enseignants est un incontournable du monde de l’éducation et pourtant elle pose problème. Qui se forme ? Quand se former ? Comment se former ? À quoi se former ? Où se former ? … La généralisation des moyens numériques a, dès ses premières évolutions, interrogé la formation continue (et initiale en partie) des enseignants. Les enquêtes auprès des enseignants ont confirmé l’importance de ce qu’ils qualifient comme de l’autoformation. La mise à disposition de ressources de toutes sortes, institutionnelles ou non, d’autres enseignants ou d’entreprises du secteur etc. a ouvert des possibles pour améliorer sa pratique, ses compétences, ses savoirs. Mais ce potentiel ne s’est pas forcément transformé en pratiques effectives, telles qu’on peut le concevoir classiquement. En effet, les enseignants sont d’abord accaparés par le quotidien du métier. Aussi leur disponibilité, au-delà de ces tâches, reste relativement limitée, c’est d’ailleurs l’un des problèmes vis-à-vis des formations en présence qui supposent souvent de ne pas effectuer son enseignement et de laisser les élèves de côté. Se former soi-même sur ses temps libres, le mercredi, le week-end ou en soirée, n’est pas aussi évident que cela.
Bruno Devauchelle – Le Café Pédagogique le 17 janvier 2025 (ici)
Orientation scolaire : choisir, c'est s'engager et grandir
Le souhait de François Bayrou, exprimé devant l'Assemblée, de repousser l'instant du "choix" suscite l'indignation de Guillaume Prévost, délégué général de VersLeHaut. Selon lui, cela nuirait aux filières professionnelles, dont nous avons tant besoin.
Guillaume Prévost (délégué de “Vers le Haut”) – Les Échos [€] le 17 janvier 2025 (ici)
Parcoursup est devenu une vitrine publicitaire pour le privé pendant que l’enseignement supérieur suffoque
Au moment où s’ouvre Parcoursup, le sociologue des sciences et député LFI Arnaud Saint-Martin décrit dans cette tribune l’essor du "business honteux" de l’enseignement supérieur privé. Et pointe la responsabilité de l’Etat.
Arnaud Saint-Martin – Le Nouvel Obs le 18 janvier 2025 (ici)
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