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La région des Pays de la Loire annule ses crédits pour les missions locales (entretien avec J.P. Olivares et B. Drapeau)

Paru dans Orientation le mardi 21 janvier 2025.

Le conseil régional des Pays de la Loire a voté son budget le 20 décembre et a acté l’arrêt des financements aux missions locales de sa région. En charge d’accompagner les jeunes entre 16 et 25 ans dans leur parcours d’insertion ou projet professionnel, le réseau s’en trouve fortement impacté. Jean-Paul Olivares, maire de Saint-Léger-sous-Cholet (Maine-et-Loire), et Benoit Drapeau, respectivement président et directeur de l’association régionale des missions locales (ARML) des Pays de la Loire, reviennent pour ToutEduc sur les implications concrètes de cette décision et sur sa portée politique.

ToutEduc – Comment vous avez-reçu l'annonce de cette baisse ?

Jean-Paul Olivares – Plus qu'une baisse, c'est la disparition d'un financement. Nous sommes passés de 3,022 millions d'euros à zéro au 1er janvier. Cette annonce a été perçue comme une injustice et nous ne l’avons pas du tout comprise. C'est une décision historique parce que nous avons toujours été partenaire du conseil régional. Malgré nos efforts pour défendre notre cause auprès des conseillers régionaux, force est de reconnaître que rien n'a pris. Nous n’avons eu aucune prise sur cette décision. C’est d'autant plus dommageable qu’en Pays de la Loire, nous avons l'habitude de travailler en coopération. C'est la première fois qu’aucune négociation n’est possible.

ToutEduc – Quelles seront les conséquences de l’arrêt des financements régionaux ?

Benoit Drapeau – Cette disparition représente en moyenne 8% du financement du réseau. Elle s'inscrit dans une démarche de soutien plus globale à l'activité des missions locales sur des compétences qui sont celles de la région, à savoir la coordination et la lutte contre le décrochage scolaire. Cette décision touche d’abord le public des mineurs et aura aussi des effets sur les outils mobilisés dans les processus d'orientation et de vérification des projets professionnels. L'accès à la formation sera également impacté.

La particularité de notre écosystème régional tient à ce que l'ensemble des acteurs travaillent très bien ensemble. Par exemple, sur le champ du décrochage scolaire, les missions locales travaillent avec les lycées, les centres d’information et d’orientation (CIO), mais aussi les entreprises dans le cadre de la vérification des projets professionnels, notamment pour les immersions. Ce modèle de coopération est fragilisé par la baisse de financement. Le risque plus global est qu’il soit de plus en plus difficile d’amener le service aux jeunes en proximité de leur lieu de vie, ce qui est possible en intégrant une multiplicité de partenariats.

ToutEduc – Serez-vous contraint d’accompagner moins de jeunes ?

Benoit Drapeau – Cet impact financier représente plus de 100 000 heures en face à face avec des jeunes. Nous continuerons à accueillir tous les jeunes qui toquent à nos portes et à réaliser avec eux des entretiens, mais nous devrons passer moins de temps avec un centre de formation, un CIO ou une entreprise. Or, ce n'est pas en accompagnant des jeunes seulement dans un bureau que des solutions se trouvent, il faut aussi les accompagner en dehors.

Jean-Paul Olivares – Fatalement, le service fourni aux jeunes sera impacté. Dans nos équipes, 63 postes pourraient être supprimés courant 2025. Tout au long de l'année, les effectifs des 21 missions locales, qui regroupent 700 professionnels, s’étioleront petit à petit pour voir disparaître une soixantaine de postes.

ToutEduc – Comprenez-vous cette décision dans un contexte global de restriction budgétaire ?

Benoit Drapeau – Le contexte économique actuel connaît une forme de ralentissement et des secteurs d'activité traversent de vraies difficultés, comme le bâtiment. Or, pour des jeunes en situation de chômage ou d'arrêt dans leur parcours professionnel, c'est justement le moment où il faut les former. Parce que lorsque l’économie repart, les entreprises nous demandent de trouver du monde. La décision de la région est incompréhensible, voire paradoxale. Alors qu’il faut former les jeunes, les recentrer sur des secteurs d’activité où les besoins ne sont pas tous couverts et où il y a des possibilités d’embauche, les missions locales sont fragilisées.

ToutEduc – Comment interprétez-vous politiquement cette coupe ?

Jean-Paul Olivares – C'est un choix politique de la part de Christelle Morançais (la présidente du conseil régional, ndlr) et de son équipe. Mais nous avons du mal à interpréter le message. Une des hypothèses serait que le conseil régional considère que le financement des missions locales relève du rôle de l'État et des collectivités locales (les deux autres financeurs des missions locales avec la région, ndlr). La région l'annonce comme un recentrage sur ses compétences propres, mais je le perçois comme un désengagement du conseil régional. De plus, il y a un paradoxe car le conseil régional a toujours l'intention de s'occuper d’emploi, par exemple en étant actif dans le comité régional pour l'emploi, la nouvelle instance mise en place suite à la réforme et la création du "Réseau pour l'emploi". La région continue aussi à s’intéresser à la formation. Or, les missions locales cochent toutes ces cases. Avec une case particulièrement importante : celle de la lutte contre le décrochage. Une mission sur laquelle nous sommes d’ailleurs très actifs puisqu'en 2023, nous avons accompagné 8200 jeunes mineurs, surtout des décrocheurs, à la fois dans les zones rurales et dans les zones urbaines.

ToutEduc – Comment voyez-vous la suite avec les nouvelles contraintes ?

Jean-Paul Olivares – Nous ferons le maximum pour l'émancipation et la réussite des jeunes mais il sera impossible de rendre le même service. Nous allons certainement nous délester d'un certain nombre de tâches, telle que la rédaction de comptes rendus. Nos relations avec le conseil régional seront toujours empreintes de correction, de politesse et de professionnalisme. Mais il n'y aura certainement plus l’engouement à aider à atteindre les objectifs de la région, sur les formations par exemple. Et certains professionnels de notre réseau ne privilégieront peut-être pas les dispositifs de la région, en cas de concurrence avec d’autres. Quoi qu’il en soit, nous continuerons toujours de nous mobiliser. C'est une fierté d'exercer notre mission de service public au service de tous les jeunes, et nous continuerons d’être l'unique réseau de proximité pour l'emploi, la formation, la santé, l'accès aux droits de tous les jeunes.

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Propos recuellis par P.Kempf et relus par J.P.Olivares et B.Drapeau.

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