"Le temps consacré à l’école est du temps gagné sur l’avenir" (P. Meirieu, France Culture)
Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire, Culture, Orientation le lundi 13 janvier 2025.
Mots clés : Meirieu, pédagogie, France Culture,
"L’école n’est pas là pour combler le désir de savoir mais pour susciter le désir d’apprendre." Cette formule est de Philippe Meirieu, au micro de Caroline Broué à qui le pédagogue, autant admiré que critiqué, s’est confié pour l’émission de France Culture "A voix nue" (du 6 au 10 janvier).
Chacun des cinq épisodes est consacré à une période de vie de celui qui l'a vouée à l’art d’apprendre, tant sur le plan pratique, en tant qu’enseignant, que théorique comme chercheur. C’est bien plus qu’un exposé de sa biographie qui est livré, les détails de son parcours étant autant d’occasions de plonger dans la fabrique de ses réflexions que de revisiter les grands courants de pensée en pédagogie.
Né à Alès dans une famille catholique traditionnaliste où la répression constituait la meilleure, voire l'unique, réponse, c’est avec l’aumônerie, "un lieu de découverte et d’échanges intellectuels", que Philippe Meirieu a "acquis l’idée que les êtres humains étaient éducables, qu’on ne devait jamais désespérer de quiconque et qu’on pouvait toujours espérer le meilleur de chacun d’entre eux".
Ce "principe d’éducabilité" ne le quittera jamais, ni sa foi dans le pouvoir émancipateur de l’école. De grands noms, tels que ceux de Buisson ou de Korczak, sont cités comme source d’inspiration. Après s’être attardé sur des questionnements théoriques vient le moment de jeter un regard rétrospectif sur ses expériences en politique, avec notamment la "grande consultation sur les lycées" qu’il mena sous le ministère de Claude Allègre, ou, plus tard, son inscription sur les listes du parti d’Europe Ecologie.
Est évoquée la querelle entre "républicains" et "pédagogues", qualifiés de "pédagogistes" par ses opposants. C’est-à-dire entre les tenants d’une éducation centrée sur l’acquisition de savoirs et ceux qui privilégient l’élève et ses besoins. Une contradiction qui peut s’avérer "féconde" si elle est dépassée : "Ce débat (…) est une tension qui nous indique la nécessité de ne pas être dans l’exclusion de l’un ou de l’autre mais de les prendre ensemble et de traiter ensemble ces deux questions." Philippe Meirieu insiste sur l'importance de ne pas se laisser enfermer dans des binarités stériles et d'ouvrir le dialogue avec tous, et plus encore avec ceux qui ont des visions différentes des nôtres.
Quant à la situation actuelle, la priorité est de retrouver un cap. Filant la métaphore d’un paquebot qui représenterait l’Ecole, Philippe Meirieu considère que l’on passe son temps à réparer des fuites dans la cale sans poser la question de l’orientation globale, laissant alors le bateau à quai. Mais face aux difficultés, au manque d’attractivité du métier d’enseignant, à la hausse des inégalités (première des luttes à mener selon lui), le penseur refuse d’abdiquer. "Désespérer de l’éducation, ce serait désespérer du monde, et je ne veux pas m’y résigner. Aujourd’hui, il faut répéter que l’éducation est une chose sérieuse et que tout le temps qu’on y consacre, c’est du temps gagné sur l’avenir."
La série en cinq épisodes (de 28 minutes chacun) est à retrouver sur le site de France culture, ici.
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