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Faut-il en finir avec "le bien-être" à l'école ? (Revue Recherches en éducation)

Paru dans Scolaire le vendredi 10 janvier 2025.
Mots clés : Bien-être, négativité, climat scolaire

Le discours sur le bien-être "envahit aujourd'hui la plupart des espaces de travail, de vie sociale ou privée, ainsi que nos institutions", y compris l'école sans qu'on s'interroge suffisamment sur le mal-vivre des élèves, constate Frédérique-Marie Prot (U. de Lorraine) qui signe l'éditorial du dernier numéro de la revue REE (Recherches en éducation). Philippe Meirieu (Lyon 2) renchérit et titre sa contribution : "Pourquoi il faut rompre avec l’idéologie du bien-être en éducation".

Il prend le contre-pied du discours ministériel et d'un "consensus presque général", selon lequel "le bien-être des élèves doit être au cœur de la politique éducative" alors que "la question du bien-être reste, sans doute en raison de l’ambiguïté du terme (...), pédagogiquement problématique". Il ne s'agit pas pour lui de reprendre l'expression de Gide, selon lequel "c'est dans la souffrance enfantine que prennent naissance les chefs-d’œuvre de l’âge mûr", mais de se souvenir que "l’entrée dans ce monde est, toujours et inévitablement, apprentissage de la frustration (...). Pas de pensée sans un peu de négativité".

Le "développement personnel" ne tend-il pas à "réduire tous les problèmes existentiels à des questions d’ "habiletés psychosociales" ? Plus grave, pour éviter de devoir prendre en compte l'autre, dont les désirs peuvent s'opposer aux miens, je peux être tenté de trouver mon bien-être "dans l’identification fusionnelle avec un groupe" qui garantit à ses membres la sécurité dès lors qu'ils abdiquent leur liberté. Eduquer, à l'inverse, c’est permettre à l'élève "d’échapper à toutes les assignations", il ne ne faut pas viser le bien-être mais "le bien-devenir". Le maître est celui "qui va permettre à l’élève d’accepter de sacrifier quelques satisfactions immédiates pour s’engager dans un travail dont il ne perçoit pas toujours, d’emblée, les plaisirs et la fierté qu’il pourra en tirer". Il s’efforce de garantir aux élèves un "espace hors menaces" où ils peuvent prendre le risque d'essayer de faire ce qu'ils ne savent pas encore faire.

Nous sommes toutefois très loin d'une école du bien-être si on en croit Julien Cahon (Université de Picardie Jules Verne) qui revient sur l'histoire de l'Ecole telle qu'en témoignent Jules Vallès dans L'enfant, Alphonse Daudet dans Le Petit Chose, ou moins connu, Victor de Laprade, dans L’Éducation homicide. Aujourd'hui les châtiments corporels ont disparu, les conditions de vie dans l'espace scolaire se sont améliorées, mais l’évaluation et la sélection au sens large connaissent "une extension hyperbolique à l’origine d’une nouvelle forme de mal-vivre des élèves". Sur le même registre, Nadine Demogeot (U. de Lorraine) note que "les phobies scolaires représenteraient 1 à 4 % de la population d’âge scolaire", mais, optimiste, elle ajoute que "l’Éducation peut accompagner les vulnérabilités de chacun (...). En nous confrontant au risque d’apprendre, à l’erreur, elle peut être l’occasion d’un dépassement de soi. En ce sens, l’Éducation est un humanisme dont l’objectif vise l’élévation constante de la pensée".

Frédérique-Marie Prot souligne l'importance du lien qui se crée entre l'enseignant et les élèves, en partie à leur insu, et lorsqu'il y a "ratage", n'est-ce pour partie dû à une forme de mal-vivre des enseignants dans l’institution ? "Il pourrait être intéressant de repenser la formation (des enseignants) en vue de permettre de travailler dans cette complexité" d'un métier dont Henri Louis Go (U. de Lorraine) souligne qu'il reste fondé sur "un modèle éducatif qui pense aujourd'hui le gouvernement des enfants comme une fabrique de la passivité consentante et consensuelle".

La revue donne la parole à un universitaire japonais, Akiko Kawarabayashi qui évoque "la méthode seikatsu-tsuzurikata" ("écriture de la vie quotidienne"). Dans les années 1920, une revue pour enfants publiait des textes de qualité et "des textes envoyés par les enfants eux-mêmes" pour les encourager à écrire ce qu’ils voyaient et entendaient. Un enseignant, Ashida Enosuke, inspiré par cet exemple a proposé de laisser aux enfants le droit de choisir eux-mêmes le thème de leur rédaction. "Ce faisant, il allait à contre-courant des pratiques habituelles et il a fini par être chassé de l’éducation publique à cause de ses positions idéologiques (...) À partir de 1940, trois cents enseignants de seikatsu-tsuzurikata furent arrêtés dans tout le pays, et certains périrent en prison (...). Malgré les persécutions, cette méthode fut suffisamment élaborée pour survivre dans des classes japonaises d’après-guerre et jusqu’à aujourd’hui". Mais le système éducatif japonais force toujours, " avec un retour du nationalisme dans les programmes et un contrôle des manuels scolaires, les enfants et les enseignants à vivre sous la contrainte de règlements stricts".

La revue ici

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