La politique de la ville renforce la stigmatisation des établissements (note de l’IPP)
Paru dans Scolaire, Orientation le jeudi 09 janvier 2025.
Mots clés : politique de la ville, évitement scolaire, collège de secteur
Une fois inscrits en politique de la ville, les collèges sont davantage contournés par les familles. C’est le principal résultat de l’étude menée par Manon Garroust et Miren Lafourcade, toutes deux professeurs à l’Université Paris-Saclay, dont les travaux sont synthétisés dans une note de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée en octobre dernier et intitulée "L’évitement scolaire : un effet ‘boomerang’ de la labélisation en politique de la ville ?".
Pour rappel, la politique de la ville "permet d’attribuer des moyens supplémentaires à des zones défavorisées, appelées 'quartiers prioritaires' depuis 2014, dont le revenu est situé sous le seuil de pauvreté". Mais elle peut avoir des effets contreproductifs dont celui de la stigmatisation territoriale. C’est justement ce revers de la géographie prioritaire que la note propose d’analyser, "sous le prisme de l’évitement scolaire des collèges publics situés dans les quartiers périmétrés par la politique". A noter que la géographique prioritaire se distingue de l'éducation prioritaire qui alloue des ressources supplémentaires aux établissements scolaires (qui font alors partie des REP) accueillant des élèves défavorisés et non aux quartiers englobants.
Les PCS favorisés vont vers le privé, les PCS défavorisés vers d'autres collèges publics
Premier constat de l'étude : "Les collèges publics des quartiers labellisés comme ‘prioritaires’ ont connu une hausse de l’évitement scolaire à l’entrée en 6e, observée pour toutes les catégories socio-professionnelles." Perçue comme la condition à la poursuite des études de leurs enfants, la famille accorde une grande importance au choix du collège. Or, "la labellisation ‘prioritaire’ peut véhiculer un signal négatif susceptible d’altérer la réputation du collège de secteur. La carte scolaire n’étant que partiellement contraignante en France, ce signal peut pousser les parents à éviter ce collège, soit en déménageant avant l’entrée en 6e, soit en optant pour un collège privé, soit en demandant une dérogation pour inscrire leur enfant dans un autre collège public", écrivent les auteures.
Si les stratégies d’évitement s’observent chez toutes les PCS (professions et catégories socioprofessionnelles), elles différent dans leur forme. Au moment de l’entrée en politique de la ville du collège de secteur, les parents issus de PCS favorisées ont tendance à inscrire leurs enfants dans le privé pour le contourner, tandis que les PCS défavorisés se tournent davantage vers les autres collèges publics. "Ces effets d’évitement différenciés selon le statut socio-économique tendent donc à accentuer la ségrégation sociale entre les établissements publics et privés avoisinants."
Une ségrégation sociale scolaire renforcée
Au sein du collège de secteur, une "légère diminution" des résultats au Brevet des collèges pour la première cohorte des 6e affectée par la réforme de 2014 est observée. "Cette diminution illustre la recomposition sociale liée à la politique de la ville et suggère que les élèves ayant fait le choix de l’évitement étaient en moyenne d’un niveau scolaire légèrement supérieur", écrivent les auteures qui en concluent que cet effet de recomposition a supplanté à court terme l’effet positif des politiques de soutien à la réussite scolaire pour les élèves restés dans le collège de secteur.
Si les établissements qui ont rejoint le périmètre de la politique de la ville ont fait l’objet d’une stratégie d’évitement, ceux qui en sont sortis n’ont a contrario pas bénéficié d’un regain d’attractivité. Un constat qui amène les chercheuses à écrire que "le revers de la géographie prioritaire apparaît donc d’autant plus difficile à dissiper que les parents ne semblent pas réagir en retour positivement à la suppression du label "quartiers prioritaires’". Elles appellent ainsi à questionner "la pertinence des politiques ‘zonées’, compte tenu de l’effet de renforcement de la ségrégation sociale scolaire mis en lumière dans cette note". Et de conclure que "ces résultats incitent à privilégier un ciblage direct des élèves en difficulté, plutôt que des quartiers et de leurs établissements scolaires".
La note (en PDF) ici. (Celle-ci est signalée dans la lettre de l'OZP)
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