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L'Etat soutient-il suffisamment les associations qui contribuent à développer le goût de la lecture ? (inspections générales)

Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire, Culture le mercredi 04 août 2021.

Les deux ministères, Culture et Education nationale, Jeunesse et Sport consacrent chaque année 9,2M€ au soutien des associations qui contribuent au développement du goût de la lecture chez les jeunes publics "alors que 20% des jeunes connaissent des fragilités ou des difficultés dans la maîtrise de la lecture" constatent les inspections générales des deux administrations qui ajoutent que, "rapporté au nombre global d’élèves, le soutien du ministère de la culture, évalué à 6,4 M€, et celui de la DGESCO, d’un montant de 2,8 M€, représenteraient un montant de 72 centimes par élève".

Leur rapport, une cinquantaine de pages hors annexes, montre surtout la difficulté d'estimer précisément les montants engagés. "Nombre de DRAC (directions régionales des affaires culturelles) ont connu (des) difficultés pour (...) produire un tableau récapitulatif de leurs interventions, étant elles-mêmes dépourvues d’une vue d’ensemble" sur le suivi des associations qu'elles soutiennent. Elles notent pourtant que 179 CTL (contrats territoire-lecture) ont été signés, et que "228 contrats sont en cours, avec une ville, un EPCI ou un département".

Les deux inspections s'intéressent surtout au caractère multiforme de l'action des associations. "En même temps que l’État s’est efforcé d’agir pour développer une politique structurée, de très nombreuses initiatives originales se sont développées sur le terrain, pour lesquelles l’État déconcentré est souvent sollicité, mais dont un grand nombre échappe à sa connaissance."

Elles proposent une typologie des associations, par leur ancienneté d'abord, et distinguent les "historiques" comme "la Ligue de l’enseignement (1866), ATD Quart Monde (1957), Lecture Jeunesse (1974), et ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et ségrégations, 1982)", puis la MEL (Maison des écrivains et de la littérature) "en 1986, Bruit de lire/le Goncourt des lycéens en 1988, les Incorruptibles en 1989, l’AFEV en 1991, Coup de pouce en 1993 (...). Viennent ensuite le CLPJ (centre de promotion du livre jeunesse en Seine-Saint-Denis) et le Printemps des poètes en 1999, Lire et faire Lire l’année suivante, l’Agence quand les livres relient en 2004 (...). Dix ans plus tard naissent le Labo des histoires (2011) et Les Petits champions de la lecture (2012)."

Plusieurs formes d'action 

Autre typologie proposée, par âges des publics. Au niveau national, "2 associations orientent exclusivement leur action en direction des adolescents (Bruit de lire, Lecture jeunesse); 2 associations orientent exclusivement leur action en direction des tout-petits (bébés, tout-petits d’âge préscolaire, début école maternelle): ACCES, Agence quand les livres relient; 4 associations orientent leurs actions vers des publics situés entre 3/4 ans et 8/10 ans: AFEV, ATD Quart monde, Coup de pouce, Lire et faire lire (majoritairement); 7 associations visent l’ensemble des tranches d’âge: Bibliothèques sans frontières (BSF), CPLJ, Les Incorruptibles, Labo des histoires (à partir de 7 ans), MEL, Printemps des poètes, UNIOPSS."

Les auteurs les distinguent aussi par leur action, celles qui jouent un "un rôle de formation interprofessionnelle, d’expérimentation, d’observatoire et de recherche", celles qui sont "organisatrices de prix nationaux, Les Petits champions de la lecture, les Incorruptibles, et encore Bruit de lire qui porte le Goncourt des lycéens" (ou les Coups de pouce CLE, ndlr), celles "dont la vocation première est l’inclusion sociale et l’éducation" comme la Ligue de l’enseignement, l'AFEV et ATD quart monde.

Des actions de lecture à voix haute adressée aux enfants ou aux jeunes sont proposées de longue date "dans la majorité des bibliothèques publiques et dans le cadre scolaire (...). Pour certaines associations (Agence quand les livres relient, ACCES, ATD Quart monde, AFEV, CPLJ), la recherche de liens avec les familles est intimement liée à ce type d’action: la transmission de la pratique de lecture à voix haute aux familles est en effet repérée comme un élément important et durable de la fréquentation des livres par les enfants."

D'autres, comme "Les Petits champions de la lecture", fondée en 2012 à l’initiative du Syndicat national de l’édition, ou "Si on lisait à voix haute" portée par l’émission La Grande Librairie (France 5), proposent à l'inverse à des élèves de CM2 ou du 2nd degré de lire eux-mêmes à voix haute. S'y ajoutent des actions multiples impliquant des élèves dans la lecture à voix haute sont en mises en œuvre par exemple, dans le cadre de filières professionnelles "Accompagnement, soins et services à la personne", en partenariat avec des classes de maternelle ou des EHPAD.

Le rapport cite encore l'organisation de salons et festivals, de rencontres avec des auteurs, de résidences d'auteurs, ou de "moments de lecture", une action proposée par l’association "Silence, on lit!", qui a inspiré la mise en place du dispositif appelé "Quart d’heure lecture" dans nombre d’établissements scolaires, ou encore des activités d’écriture, en lien avec des lectures.

La formation des intervenants parfois défaillante

"Certaines associations ont développé une expertise dans des domaines directement liés au développement du goût du livre et de la lecture auprès des jeunes publics: lecture et adolescents par l’association Lecture Jeunesse, lecture et petite enfance par ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations) et l’Agence quand les livres relient, littérature de jeunesse et médiation par le CPLJ... Elles jouent, de fait, un rôle important et sont devenues des acteurs solides pour l’évolution des connaissances et des pratiques professionnelles d’enseignants, de bibliothécaires, mais aussi de professionnels de l’enfance et de la petite enfance, de la sphère sociale, médiateurs, animateurs, etc." Le rapport cite en exemple à ce sujet le partenariat de la bibliothèque de Maromme, "une ville de 11 000 habitants située dans la banlieue nord de Rouen", avec "Lire à voix Haute Normandie", qui se situe dans la mouvance d'ACCES et de l’Agence quand les livres relient, et qui "apporte un accompagnement méthodologique aux équipes de la bibliothèque de Maromme et aux différents professionnels de la petite enfance, fournit des livres adaptés dans les structures et les relais d’assistantes maternelles, anime des temps d’échanges entre bibliothécaires et professionnels de la petite enfance, organise une journée de sensibilisation et de retour d’expériences rassemblant plus de 80 assistantes maternelles..." La bibliothèque a a noué également un partenariat avec l'AFEV: deux "ambassadeurs du livre" animent des séances de lecture et jeux avec des enfants. Elle met en place une action "Des livres à soi" avec le CPLJ et poursuit une action commune avec le Parc des boucles de la Seine normande autour du conte et de l’oralité."

Les intervenants des différentes associations présentent "une grande diversité: statuts (bénévole ou salarié), expériences, formations, âges varient", mais "si la formation est revendiquée comme un élément important par toutes les associations intervenant sur le terrain, il peut advenir cependant que les interventions ne soient pas toujours à la hauteur des attentes (...). Cela peut parfois s’expliquer, pour une part, par le très grand nombre de bénévoles liés à certaines associations, nombre qui peut rendre un suivi plus difficile, d’autant plus que leur rotation peut être rapide dans certains cas." Or "transmettre le goût du livre et de la lecture est un travail de longue haleine, en particulier pour les publics qui en sont les plus éloignés".

Se pose aussi la question de l'évaluation de l'action des associations. "Les conventions prévoient généralement des comptes rendus d’activité (...) assortis d’indicateurs quantitatifs (...). Leur utilité reste cependant limitée" : "ils sont fondés sur une base exclusivement déclarative" et surtout, c'est "l’aspect qualitatif" qui est essentiel. Or "la mesure quantitative et qualitative du 'goût pour le livre et la lecture' chez les jeunes publics est difficile à établir".

18 préconisations

La mission des deux inspections générales conclut avec 18 préconisations, parmi lesquelles figure en bonne place la consolidation "du soutien aux associations en tant que relais indispensable de la stratégie de l’État (...). Le coût est limité au regard des enjeux."

Il faudrait aussi "donner une place conséquente, en formation initiale de l’ensemble des professeurs des écoles et des professeurs de collège, à la connaissance de la littérature dans tous les genres (poésie, théâtre, albums, romans graphiques, romans, bandes dessinées, récits...) et de la littérature de jeunesse. Les corpus sont souvent ignorés, et la capacité à sélectionner des œuvres dans une offre pléthorique manque en effet à la formation des professeurs des écoles comme des professeurs de collège, quelles que soient leurs disciplines (...). Pour la mise en œuvre généralisée de ces formations, l’appui des associations n’est pas à négliger."

La mission invite aussi les deux ministères à "construire des outils d’évaluation et de pilotage plus rigoureux (...) : seul un suivi de cohorte permettrait d’observer l’implantation durable de pratiques de lecture et leurs évolutions (...). L’éducation nationale serait seule à même de contribuer à cette évaluation générale des effets produits. Dans cette perspective, les collaborations entre la DEPP et le DEPS (les services statistiques des deux ministères) offriraient des pistes de travail."

Le rapport "Évaluation de la contribution des associations soutenues par le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports et le ministère de la culture au développement du goût de la lecture chez les jeunes publics" ici

P. Bouchard, directeur de ToutEduc, est président-fondateur de l'une des associations citées (Lire à voix haute - Normandie)

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