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Cyberharcèlement : "dans bien des cas, l'auteur ne se rend pas compte de l'impact de ses actes" (Laurent Bègue)

Paru dans Scolaire, Périscolaire, Culture le mercredi 23 septembre 2015.

À la différence du harcèlement entre élèves dans les établissements scolaires, le cyberharcèlement n'implique pas forcément une répétition. "Il suffit de créer une page internet pour produire un effet délétère, du fait de la permanence de l'information", explique Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble-Alpes et directeur de la maison des Sciences de l’Homme Alpes, lors d'une conférence sur le sujet. Organisée par la Fédération française des psychologues et de psychologie, celle-ci s'est tenue à l'université Paris Descartes le 22 septembre.

Le cyberharcèlement peut prendre différentes formes : insultes sur une page personnelle, courriers répétés, propagation de rumeurs ou de vidéos via les réseaux sociaux... À titre exemple, Laurent Bègue cite le cas de photos intimes d'une adolescente diffusée sur Internet par son ex petit ami. "Non seulement la victime blessée voit son intimité exposée, mais elle va être aussi victime de personnes qui vont se donner le rôle de juge, en lui disant qu'elle a été suffisamment stupide pour produire ces photos. Ces individus peuvent être nombreux et la pousser à des extrémités, tel le suicide."

Une diminution des mécanismes d'empathie

Autre spécificité du cyberharcèlement : dans bien des cas, l'auteur ne se rend pas compte de l'impact de ses actes. Du fait de l'éloignement, il n'est pas visuellement témoin des réactions de souffrance éventuelles de sa victime. Cette situation diminue les mécanismes d'empathie pouvant inhiber les comportements agressifs.

Quelquefois, l'adolescent se contente de propager une information. La médiatisation brouille la relation et rend difficilement perceptibles les effets de cette diffusion. À ce phénomène, s'ajoute parfois l'anonymat : "celui-ci dépersonnalise la relation, diminue le sentiment de responsabilité et la pression à se conformer à des normes anti-violence", souligne Laurent Bègue. En ce sens, l'anonymat représente un facteur de risque.

Du côté des statistiques, une enquête menée auprès de 13 000 élèves montrent qu'une très large majorité d'entre eux se déclare épargnée par le cyberharcèlement : 84% affirment n'avoir jamais été victimes et 88 % n'avoir jamais été harceleurs. Néanmoins, une autre étude menée auprès de jeunes de 12 à 19 ans révèle certaines attitudes problématiques : 60% écrivent sur internet des propos qu'ils ne tiendraient pas en présence de l'interlocuteur, 35% se font passer pour une autre personne, 27% propagent des informations fausses, 13% envoient des courriers infectés, 7% diffusent des photos sans le consentement des personnes concernées...

Le contexte sociologique, principal facteur explicatif

Aux yeux des chercheurs, le contexte sociologique reste le principal facteur explicatif du cyberharcèlement, à travers plusieurs éléments récurrents : peu de soutien de la part des pairs, mauvais climat scolaire, faibles résultats et implication scolaires, supervision parentale défaillante, zones marquées par la fragilité sociale...

Comment prévenir et lutter contre le phénomène ? Laurent Bègue note les efforts entrepris par les institutions et établissements scolaires pour informer les élèves sur les risques liés aux nouvelles technologies (violations de la confidentialité, fréquentation de personnes inconnues, etc.) et la nécessité de se protéger. Des établissements agissent également sur la "variable organisationnelle" pour améliorer leur fonctionnement et le climat scolaire : harmonisation des régles disciplinaires, taille des classes, création d'activités extrascolaires entre établissements...

Certains dispositifs expérimentaux vont plus loin, en favorisant la prise de conscience et l'empathie avec des jeux de rôle. L'objectif est de comprendre la place et le ressenti de chacun - l'auteur, la victime et les témoins –, en impliquant également les parents. Une démarche à développer pour endiguer le phénomène, qui connaît néanmoins ces derniers temps "un léger déclin", précise Laurent Bègue.

Diane Galbaud

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